{"id":349,"date":"2021-03-16T15:40:58","date_gmt":"2021-03-16T14:40:58","guid":{"rendered":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/?p=349"},"modified":"2021-11-27T17:14:28","modified_gmt":"2021-11-27T16:14:28","slug":"synthese-monnaie-dette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/2021\/03\/16\/synthese-monnaie-dette\/","title":{"rendered":"Synth\u00e8se vulgaris\u00e9e"},"content":{"rendered":"<h2><\/p>\n<article>\n<section data-id=\"f7709a4\" data-element_type=\"section\" data-model-cid=\"c2860\">\n<h1 style=\"text-align:center\" align=\"center\"><b>Ma th\u00e8se en 18 pages au lieu de 420 !<\/b><\/h1>\n<\/p>\n<\/section>\n<\/article>\n<\/h2>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">De vifs d\u00e9bats agitent la communaut\u00e9 des \u00e9conomistes sur la question de la dette publique ou des politiques mon\u00e9taires, et ma th\u00e8se a cherch\u00e9 \u00e0 remonter \u00e0 la racine des probl\u00e8mes auxquels font face aujourd\u2019hui les Banques Centrales, en \u00e9tudiant le lien entre monnaie et dette de mani\u00e8re th\u00e9orique et historique, avant de proposer une solution radicale\u00a0: le changement du mode d\u2019\u00e9mission de la monnaie.<\/p>\n<h1>I\/ La cr\u00e9ation mon\u00e9taire\u00a0: un processus contre-intuitif<\/h1>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">La plupart des gens (et m\u00eame certains \u00e9conomistes de haut rang\u00a0!) croient que la monnaie est enti\u00e8rement cr\u00e9\u00e9e par l\u2019Etat gr\u00e2ce \u00e0 la \u00ab\u00a0planche \u00e0 billet\u00a0\u00bb, puis inject\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie par la d\u00e9pense publique. En r\u00e9alit\u00e9, la monnaie est cr\u00e9\u00e9e par les banques priv\u00e9es lors de l\u2019octroi des cr\u00e9dits, la Banque Centrale ne faisant qu\u2019\u00e9mettre la monnaie des r\u00e8glements interbancaires qui leur permettent de payer leurs dettes r\u00e9ciproques. L\u2019essentiel est de comprendre que la monnaie est aujourd\u2019hui cr\u00e9\u00e9e par le march\u00e9 du cr\u00e9dit.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">En effet, quand vous allez voir votre banquier pour lui emprunter de l\u2019argent, il ne pioche pas n\u00e9cessairement dans les comptes \u00e9pargne (les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 terme) de ses clients pour financer ce pr\u00eat\u00a0: il peut cr\u00e9er directement l\u2019argent qu\u2019il vous pr\u00eate en inscrivant la somme sur votre compte courant (d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue). On dit donc que ce ne sont pas les d\u00e9p\u00f4ts qui font les cr\u00e9dits mais les cr\u00e9dits qui font les d\u00e9p\u00f4ts\u00a0! <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Le banquier n\u2019a pas cet argent dans ses coffres, mais il vous le doit d\u00e8s lors qu\u2019il l\u2019inscrit sur votre compte courant\u00a0: si vous souhaitez le retirer au guichet, il devra le trouver en l\u2019empruntant \u00e0 la Banque Centrale, \u00e0 d\u2019autres banques commerciales, ou \u00e0 des \u00e9pargnants\u00a0; et si vous faites un paiement par ch\u00e8que, virement, pr\u00e9l\u00e8vement ou carte bleue vers le compte courant d\u2019une autre personne dans une autre banque, votre banquier aura une dette envers cette banque-l\u00e0. La monnaie bancaire (les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue) constitue donc une cr\u00e9ance sur la banque, mais la banque a elle-m\u00eame une cr\u00e9ance de m\u00eame montant sur l\u2019emprunteur\u00a0: lors de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire, elle fabrique donc un actif et un passif \u00e9gaux (si l\u2019on ne compte pas les int\u00e9r\u00eats) qui garantissent que son bilan comptable reste \u00e9quilibr\u00e9. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">L\u2019argent ainsi cr\u00e9\u00e9 circule dans l\u2019\u00e9conomie de compte courant en compte courant, puis finit par revenir \u00e0 la banque lorsque l\u2019emprunteur rembourse son cr\u00e9dit\u00a0: alors la monnaie est d\u00e9truite\u00a0! On croit souvent que l\u2019argent qu\u2019on gagne \u00e0 la sueur de notre front pour rembourser nos dettes rentre dans les coffres des banquiers, mais en r\u00e9alit\u00e9, cette monnaie qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par le pr\u00eat dispara\u00eet purement et simplement lors du remboursement\u00a0! Cela est toutefois n\u00e9cessaire pour que le bilan de la banque reste \u00e9quilibr\u00e9 (le passif est d\u00e9truit en m\u00eame temps que l\u2019actif), que le banquier puisse accorder de nouveaux pr\u00eats \u00e0 de nouveaux emprunteurs et qu\u2019un nouveau cycle de cr\u00e9dit commence\u00a0: pr\u00eat \/ cr\u00e9ation mon\u00e9taire -&gt; paiements \/ circulation mon\u00e9taire -&gt; remboursement \/ destruction mon\u00e9taire. La masse mon\u00e9taire, c\u2019est-\u00e0-dire le volume total de monnaie en circulation dans l\u2019\u00e9conomie, n\u2019est pas un stock fixe\u00a0: c\u2019est un flux, ou plut\u00f4t un stock cr\u00e9\u00e9 par le d\u00e9lai qui s\u00e9pare les flux de cr\u00e9ation de monnaie cr\u00e9\u00e9e en permanence par les nouveaux cr\u00e9dits et les flux de destruction de monnaie caus\u00e9e en permanence par le remboursement des anciens cr\u00e9dits. <\/p>\n<h1>II\/ Les sources d\u2019instabilit\u00e9 de ce mode d\u2019\u00e9mission<\/h1>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Si ces deux flux ne varient pas exactement dans le m\u00eame sens au m\u00eame moment, la masse mon\u00e9taire augmente ou diminue\u00a0: c\u2019est donc un stock fluctuant. En pratique, on cherche \u00e0 ce qu\u2019elle augmente en permanence, pour financer toujours plus d\u2019activit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9rer de la croissance et de l\u2019emploi. Cela ne cr\u00e9e pas forc\u00e9ment d\u2019inflation, car injecter plus d\u2019argent dans l\u2019\u00e9conomie n\u2019augmente pas forc\u00e9ment le niveau des prix\u00a0: cela peut aussi bien stimuler la production d\u2019un surplus de biens et services dont la vente absorbe le surplus de monnaie. Sans cette augmentation de la masse mon\u00e9taire, la croissance de la production r\u00e9elle ferait au contraire baisser l\u2019ensemble des prix et des salaires, puisqu\u2019il y aurait toujours autant d\u2019argent en circulation pour acheter un nombre croissant de marchandises et payer un nombre croissant de salari\u00e9s\u00a0: ce serait la d\u00e9flation, une forme de crise \u00e9conomique o\u00f9 les entreprises sont contraintes de baisser les salaires, et m\u00eame produire de moins en moins faute de d\u00e9bouch\u00e9 car les consommateurs manquent de pouvoir d\u2019achat, ce qui provoque une baisse des embauches donc une hausse du ch\u00f4mage\u2026 donc une nouvelle baisse du pouvoir d\u2019achat des consommateurs, emp\u00eachant les entreprises d\u2019\u00e9couler leurs stock, ce qui les contraint \u00e0 baisser les embauches, dans un cercle vicieux qui s\u2019auto-entretient.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">En plus, les entreprises, m\u00e9nages ou organismes publics qui sont tr\u00e8s endett\u00e9s voient le poids r\u00e9el de leur dette augmenter en cas de d\u00e9flation\u00a0: ils doivent toujours rembourser la m\u00eame somme (alors qu\u2019ils subissent une perte de revenu\u00a0!) mais la m\u00eame quantit\u00e9 d\u2019argent qu\u2019ils doivent payer repr\u00e9sente d\u00e9sormais un plus grand pouvoir d\u2019achat \u00e0 c\u00e9der \u00e0 leurs cr\u00e9anciers, puisque les prix baissent. C\u2019est un peu la situation dans laquelle l\u2019\u00e9conomie se trouve depuis au moins la crise de 2007\u00a0: pour endiguer la spirale d\u00e9flationniste qui menace l\u2019Europe, les Banques Centrales cr\u00e9ent donc de plus en plus de monnaie interbancaire, pr\u00eatant massivement de l\u2019argent aux banques ou leur rachetant des actifs financiers afin que les banques puissent elles-m\u00eames accorder des pr\u00eats \u00e0 l\u2019\u00e9conomie en toute s\u00e9curit\u00e9. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Mais au lieu de financer l\u2019investissement en pr\u00eatant aux entreprises qui pourraient ainsi embaucher, les banques se m\u00e9fient de leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9couler un surplus de production quand la demande globale est si faible sur les march\u00e9s, elles pr\u00e9f\u00e8rent donc utiliser l\u2019argent de la Banque Centrale pour sp\u00e9culer sur les march\u00e9s financier. La monnaie cr\u00e9\u00e9e est donc d\u00e9tourn\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle\u00a0: au lieu de stimuler l\u2019investissement, la croissance et l\u2019emploi, avec un retour d\u2019un minimum d\u2019inflation, elle alimente une bulle sp\u00e9culative, c\u2019est-\u00e0-dire la hausse des prix des actifs sur les march\u00e9s financiers (actions, obligations, devises, contrats d\u2019assurance sp\u00e9culatifs, Bitcoins\u2026) ou financiaris\u00e9s (march\u00e9 immobilier, march\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res, march\u00e9 de l\u2019art\u2026). C\u2019est pour cette raison que les riches sont toujours plus riches malgr\u00e9 la crise\u00a0: quand chacun voit ses revenus baisser faute d\u2019argent dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, les plus fortun\u00e9s voient la valeur de leur patrimoine sans cesse gonfl\u00e9e par le d\u00e9tournement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire vers les march\u00e9s financiers. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">La valeur des entreprises du CAC 40 (le prix des actions) n\u2019a plus aucun rapport avec leur rentabilit\u00e9 (les dividendes qu\u2019elles peuvent verser chaque ann\u00e9e gr\u00e2ce aux profits qu\u2019elles font), de m\u00eame que les prix de l\u2019immobilier parisien sont enti\u00e8rement d\u00e9connect\u00e9s des flux de loyers que ces biens peuvent rapporter (puisque les locataires, qui ne voient pas leurs revenus augmenter, seraient incapable de payer plus)\u00a0: les sp\u00e9culateurs sont pr\u00eats \u00e0 acheter une action ou un appartement \u00e0 un prix tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 m\u00eame s\u2019ils ne pourront pas se rembourser par les flux de revenus qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re (dividendes ou loyers) parce qu\u2019ils esp\u00e8rent simplement revendre l\u2019actif plus cher plus tard. Tant que les cours augmentent, chacun r\u00e9ussit son pari et est incit\u00e9 \u00e0 recommencer, entretenant la bulle sp\u00e9culative. C\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 aux Etats-Unis au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 jusqu\u2019\u00e0 la crise des <i>subprimes\u00a0<\/i>: chacun empruntait pour acheter une maison pour lui-m\u00eame ou pour la mettre en location, en \u00e9tant pr\u00eat \u00e0 payer tr\u00e8s cher car si l\u2019on \u00e9tait incapable de rembourser les int\u00e9r\u00eats \u00e0 la banque, il suffirait de revendre la maison plus cher qu\u2019on ne l\u2019avait acheter. Les prix montaient sans cesse, jusqu\u2019\u00e0 la crise\u00a0: alors, chacun s\u2019est mis \u00e0 vendre en catastrophe avant que les prix ne s\u2019effondrent encore plus, ce qui pr\u00e9cipite bien s\u00fbr la chute des prix, et les maisons ne valaient plus rien\u2026 <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">La valeur des actifs s\u2019\u00e9vanouit subitement quand une bulle \u00e9clate, mais les dettes qui les finan\u00e7aient restaient l\u00e0, elles\u00a0! Puisque beaucoup d\u2019agents sont incapables de les payer, les banques perdent les cr\u00e9ances qu\u2019elles avaient sur les d\u00e9biteurs \u00e0 l\u2019actif de leur bilan\u00a0: elles risquent de faire faillite, et doivent couper le robinet du cr\u00e9dit pour r\u00e9\u00e9quilibrer leur bilan. Alors, les entreprises et les m\u00e9nages, d\u00e9j\u00e0 surendett\u00e9s, ne peuvent plus emprunter\u00a0: ils d\u00e9pensent moins, investissent moins, embauchent moins, et la crise se transmet \u00e0 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Chacun cherche \u00e0 se d\u00e9sendetter, mais cela revient, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle collective \u00e0 d\u00e9truire de la monnaie, donc \u00e0 aggraver la crise et la d\u00e9flation\u2026 ce qui augmente le poids r\u00e9el des dettes\u00a0! C\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 pendant la crise de 1929, comme l\u2019a montr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019\u00e9conomiste am\u00e9ricain Irving Fisher\u00a0: entre 1929 et 1933, l\u2019endettement nominal a diminu\u00e9 de 20 % aux Etats-Unis, mais cela provoque la destruction de sept milliards de dollars en quatre ans (la masse mon\u00e9taire passe d\u2019environ 27 milliards en 1929 \u00e0 20 milliards en 1933), et la vitesse de circulation de la monnaie diminue d\u2019un tiers car les \u00e9changes ralentissent\u00a0: ces deux effets combin\u00e9s cr\u00e9ent une raret\u00e9 de la monnaie donc une formidable hausse de son pouvoir d\u2019achat (le dollar s\u2019appr\u00e9cie de 75 % du fait de la baisse des prix)\u2026 ce qui m\u00e8ne le poids r\u00e9el de l\u2019ensemble des dettes de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 augmenter de 40 % alors m\u00eame que le stock nominal de dettes a chut\u00e9 de 20\u00a0%\u00a0! Ainsi, selon Fisher, plus les d\u00e9biteurs remboursent leurs dettes, plus ils sont endett\u00e9s\u00a0! C\u2019est la spirale d\u00e9sendettement-d\u00e9flation identifi\u00e9e par l\u2019auteur, et qui peut th\u00e9oriquement mener \u00e0 une destruction compl\u00e8te de la monnaie de cr\u00e9dit \u2013 ce qu\u2019on pourrait nommer une crise d\u2019 \u00ab\u00a0hyperd\u00e9flation\u00a0\u00bb, sym\u00e9trique de l\u2019hyperinflation qui d\u00e9truit la monnaie par sur\u00e9mission\u00a0! <\/p>\n<h1>III\/ Au c\u0153ur du probl\u00e8me\u00a0: l\u2019encastrement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire dans le march\u00e9 du cr\u00e9dit<\/h1>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Des le\u00e7ons ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es de la crise de 1929 par des \u00e9conomistes comme Keynes et Fisher, et des exp\u00e9riences politiques comme le <i>New Deal <\/i>ou le Front Populaire. Dans les Trente Glorieuses, la finance \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e8glement\u00e9e et la cr\u00e9ation mon\u00e9taire, plac\u00e9e sous tutelle publique, alimentait une forte croissance qui rendait les dettes soutenable. Mais depuis quarante ans, le n\u00e9olib\u00e9ralisme a d\u00e9tricot\u00e9 toutes ces r\u00e9gulations et amorc\u00e9 un retour \u00e0 un r\u00e9gime de croissance faible \u00e0 fort ch\u00f4mage, car la cr\u00e9ation mon\u00e9taire nourrit \u00e0 nouveau surtout des bulles sp\u00e9culatives plut\u00f4t que l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Rien n\u2019a vraiment chang\u00e9 apr\u00e8s la crise des <i>subprimes\u00a0<\/i>: encore aujourd\u2019hui, un choc de confiance risque \u00e0 tout instant de faire exploser la bulle financi\u00e8re ou immobili\u00e8re qui gonfle au moment m\u00eame o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, et de fragiliser encore plus l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle qui va d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s mal, augmentant les faillites et le ch\u00f4mage. La Banque Centrale se trouve alors face \u00e0 un dilemme\u00a0: si elle pr\u00eate de l\u2019argent pas cher aux banques, elle alimente une bulle financi\u00e8re et immobili\u00e8re qui risque d\u2019\u00e9clater \u00e0 tout moment, mais si elle arr\u00eate de le faire, elle risque de d\u00e9clencher elle-m\u00eame l\u2019\u00e9clatement de la bulle\u00a0! La solution serait que l\u2019argent aille directement aux m\u00e9nages et aux entreprises plut\u00f4t que sur les march\u00e9s financiers, mais c\u2019est difficile d\u2019obliger les banques \u00e0 pr\u00eater \u00e0 ces agents, et eux-m\u00eames ne sont pas forc\u00e9ment pr\u00eats \u00e0 s\u2019endetter davantage en p\u00e9riode de crise\u2026<\/p>\n<p style=\"text-indent: 18.0pt\">Ici se noue d\u2019apr\u00e8s moi le c\u0153ur du probl\u00e8me\u00a0: le fait que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire passe par le march\u00e9 du cr\u00e9dit. <b>La cr\u00e9ation mon\u00e9taire est \u00ab\u00a0encastr\u00e9e\u00a0\u00bb dans le march\u00e9 de la dette<\/b>. Concr\u00e8tement, qu\u2019est-ce que cela signifie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-indent: -18.0pt\">1-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <b>La cr\u00e9ation mon\u00e9taire est encastr\u00e9e dans le march\u00e9<\/b>. La quantit\u00e9 de monnaie en circulation n\u2019est pas contr\u00f4l\u00e9e directement par la Banque Centrale qui aurait le pouvoir d\u2019augmenter ou de diminuer \u00e0 sa guise la masse mon\u00e9taire\u00a0: la masse mon\u00e9taire est produite comme un flux de marchandises sur un march\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9 fait d\u2019innombrables contrats priv\u00e9s, de sorte qu\u2019elle varie en fonction des d\u00e9cisions micro\u00e9conomiques de pr\u00eat et d\u2019emprunt des banques et des agents non financiers (m\u00e9nages, entreprises, pouvoirs publics) dont on esp\u00e8re que cela produira, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle agr\u00e9g\u00e9e, la quantit\u00e9 de monnaie optimale pour l\u2019\u00e9conomie, permettant d\u2019assurer le plein-emploi\u2026 ce qui n\u2019arrive naturellement pas\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-indent: -18.0pt\"><b>2-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b>La cr\u00e9ation mon\u00e9taire est encastr\u00e9e dans la dette. <\/b>Pour qu\u2019un euro de monnaie suppl\u00e9mentaire soit inject\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie, il faut qu\u2019un euro de dette suppl\u00e9mentaire soit cr\u00e9\u00e9. Il faut donc que les agents soient pr\u00eats \u00e0 s\u2019endetter, m\u00eame en temps de crise, sans savoir s\u2019ils pourront rembourser\u00a0! Dans un contexte o\u00f9 entreprises, m\u00e9nages et Etats sont tous d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s lourdement endett\u00e9s, et voient leurs revenus s\u2019effondrer \u00e0 cause de la crise, personne ne veut s\u2019endetter davantage pour ne pas prendre de risque inconsid\u00e9r\u00e9\u00a0! <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Marchandisation et mise en dette de la monnaie\u00a0: j\u2019ai tent\u00e9 de montrer dans ma th\u00e8se que ce double encastrement (auquel correspond la notion \u00e9conomique de \u00ab\u00a0monnaie endog\u00e8ne\u00a0\u00bb, du moins dans la conception que j\u2019en ai, car ce terme est en r\u00e9alit\u00e9 polys\u00e9mique et ambigu) n\u2019\u00e9tait pas une n\u00e9cessit\u00e9 ontologique ind\u00e9passable li\u00e9e \u00e0 la nature intrins\u00e8que de la monnaie, comme le pensent certains auteurs, mais un produit de l\u2019Histoire, contingent et n\u00e9faste \u2013 mais susceptible d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9. J\u2019ai aussi voulu montrer quelles m\u00e9diations institutionnelles, politiques, culturelles, etc., avaient permis des p\u00e9riodes de relative stabilit\u00e9 de ce r\u00e9gime mon\u00e9taire au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, entre deux crises \u00e9conomiques o\u00f9 ces r\u00e9gulations volaient en \u00e9clat. En France, apr\u00e8s les errements des ann\u00e9es 1920, la crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale, l\u2019Etat a reconquis le contr\u00f4le de la monnaie, cr\u00e9\u00e9e pour l\u2019essentiel par la puissance publique pour la puissance publique durant les Trente Glorieuses, dans une \u00e9conomie planifi\u00e9e connaissant une forte croissance de plein-emploi mod\u00e9r\u00e9ment inflationniste et une d\u00e9crue tr\u00e8s rapide du ratio dette publique \/ PIB. Mais la dette priv\u00e9e a connu un essor progressif, les agents priv\u00e9s jouant un r\u00f4le sans cesse croissant dans l\u2019offre et la demande de monnaie, jusqu\u2019aux chocs p\u00e9troliers et \u00e0 la stagflation des ann\u00e9es 1970. Alors s\u2019est progressivement mis en place le r\u00e9gime n\u00e9olib\u00e9ral\u00a0: une hausse brutale des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats (le \u00ab\u00a0choc Volcker\u00a0\u00bb de 1980, du nom du banquier central am\u00e9ricain) a bris\u00e9 l\u2019inflation, et ouvert un mode d\u2019\u00e9mission favorable aux cr\u00e9anciers plut\u00f4t qu\u2019aux d\u00e9biteurs, aux \u00e9pargnants plut\u00f4t qu\u2019aux consommateurs et investisseurs, au capital plut\u00f4t qu\u2019au travail\u2026 Dans un contexte d\u2019\u00e9conomie mondialis\u00e9e et financiaris\u00e9e, de recul de l\u2019Etat (privatisations, baisse de la protection sociale, aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire\u2026) et de lib\u00e9ralisation du march\u00e9 du travail, il en a r\u00e9sult\u00e9 une croissance faible et un retour du ch\u00f4mage de masse\u00a0: les revenus ont stagn\u00e9, tandis que les bulles financi\u00e8res gonflaient, accentuant les in\u00e9galit\u00e9s. Pour nourrir l\u2019endettement n\u00e9cessaire au maintien d\u2019un minimum de demande global, dans un contexte de compression des revenus, et \u00e9viter l\u2019\u00e9clatement des bulles sp\u00e9culatives, les autorit\u00e9s mon\u00e9taires ont d\u00fb encourager la baisse continue des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats au cours de la p\u00e9riode\u2026 jusqu\u2019aux taux n\u00e9gatifs apparus aujourd\u2019hui\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Ceux-ci manifestent un exc\u00e8s d\u2019\u00e9pargne par rapport \u00e0 l\u2019investissement\u00a0: dans un contexte mena\u00e7ant o\u00f9 chacun craint pour son avenir, les agents pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9pargner qu\u2019emprunter\u00a0: ils gardent leur argent \u00e0 la banque plut\u00f4t que d\u2019investir. En r\u00e9alit\u00e9, ils craignent m\u00eame un effondrement du secteur bancaire dont la crise de 2007 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la fragilit\u00e9\u00a0: si les banques font faillite, la monnaie d\u00e9pos\u00e9e sur les comptes courants, qui n\u2019existent que comme jeu d\u2019\u00e9criture comptable dans leurs bilans, disparait\u00a0! D\u00e8s lors, plut\u00f4t que de garder de la monnaie, les agents pr\u00e9f\u00e8rent la pr\u00eater \u00e0 un agent qu\u2019ils estiment plus fiable\u00a0: l\u2019Etat, qui risque moins de faire banqueroute. Ils sont m\u00eame pr\u00eats \u00e0 payer l\u2019Etat pour lui pr\u00eater\u00a0: ce sont les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats n\u00e9gatifs, que les cr\u00e9anciers consentent parce que m\u00eame en pr\u00eatant \u00e0 perte, ils ont moins \u00e0 perdre qu\u2019en gardant leur argent \u00e0 la banque o\u00f9 il risque de se volatiliser en cas de faillite lors de la prochaine crise financi\u00e8re\u00a0! La confiance a presqu\u2019enti\u00e8rement disparu de l\u2019\u00e9conomie\u00a0: personne n\u2019anticipant de hausse de la demande globale sur les march\u00e9s des biens et services, aucun investissement dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9el ne parait rentable, et les agents pr\u00e9f\u00e8rent sp\u00e9culer (sur l\u2019immobilier ou les titres financiers) ou pr\u00eater \u00e0 perte aux Etats\u00a0en attendant l\u2019effondrement du syst\u00e8me financier ! C\u2019est ce que j\u2019ai appel\u00e9 la \u00ab\u00a0finance punk\u00a0\u00bb, car le slogan des punks (mouvement n\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, comme les politiques mon\u00e9taires n\u00e9olib\u00e9rales) \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u00a0no future\u00a0\u00bb\u00a0! \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus d\u2019avenir sur la terre\u00a0\u00bb, comme disait d\u00e9j\u00e0 la com\u00e9die musicale <i>Starmania<\/i> en 1979, un pessimisme proph\u00e9tique que le d\u00e9sastre \u00e9conomique, social, environnemental et sanitaire n\u2019a fait que confirmer depuis. Mais loin de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes, le syst\u00e8me mon\u00e9taire et financier n\u00e9olib\u00e9ral ne fait que les aggraver, emp\u00eachant le financement des solutions\u00a0car plus personne n\u2019est en mesure de s\u2019endetter pour cr\u00e9er l\u2019argent n\u00e9cessaire au financement des investissements productifs socialement vertueux qui nous font tant d\u00e9faut.<\/p>\n<h1>IV\/ Th\u00e9orie Mon\u00e9taire Moderne, effacement de la dette publique, h\u00e9licopt\u00e8re mon\u00e9taire\u2026 quelles solutions\u00a0s\u2019offrent \u00e0 nous\u00a0?<\/h1>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Une solution (pr\u00f4n\u00e9e par exemple par la Th\u00e9orie Mon\u00e9taire Moderne) serait de laisser l\u2019Etat s\u2019endetter autant que n\u00e9cessaire aupr\u00e8s des banques ou directement aupr\u00e8s de la Banque Centrale elle-m\u00eame (donc de lui-m\u00eame) \u00e0 la place des agents priv\u00e9s, le temps de relancer l\u2019\u00e9conomie, par exemple en finan\u00e7ant la reconstruction \u00e9cologique, sociale et sanitaire du pays, qui cr\u00e9era des millions d\u2019emplois et amorcera le cercle vertueux propos\u00e9 par Keynes pour sortir de la crise des ann\u00e9es 1930\u00a0: hausse de l\u2019investissement \u00e0 hausse de l\u2019emploi \u00e0 hausse des revenus \u00e0 hausse de la consommation \u00e0 hausse des recettes des entreprises \u00e0 hausse de l\u2019investissement \u00e0\u2026 Si l\u2019activit\u00e9 augmente, les recettes fiscales augmentent proportionnellement, permettant \u00e0 l\u2019Etat de rembourser sa dette. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Notons d\u2019ailleurs que l\u2019Etat est immortel et a le droit de faire rouler sa dette (c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019emprunter pour rembourser une dette pr\u00e9c\u00e9dente, ce qui est interdit aux agents priv\u00e9s). En outre, il contr\u00f4le la Banque Centrale et peut donc cr\u00e9er autant de monnaie que n\u00e9cessaire\u00a0: il ne devrait donc jamais avoir de difficult\u00e9 \u00e0 financer son d\u00e9ficit quelle que soit la situation selon les partisans de la Th\u00e9orie Mon\u00e9taire Moderne. Toutefois, la Banque Centrale Europ\u00e9enne n\u2019a pas le droit de pr\u00eater directement aux Etats\u00a0\u00e0 cause de trait\u00e9s absurdes, for\u00e7ant les Etats \u00e0 se financer sur les march\u00e9s financiers\u00a0: si ces derniers les jugent trop endett\u00e9s, ils peuvent refuser de leur pr\u00eater, ou exiger un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. C\u2019est ce qui est arriv\u00e9 aux pays d\u2019Europe du Sud pendant la crise des dettes souveraines au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010\u00a0: s\u2019\u00e9tant fortement endett\u00e9 pour sauver les banques \u00e0 cause de la crise des <i>subprimes<\/i> et pour faire face \u00e0 une \u00e9conomie en crise (donc \u00e0 une baisse des recettes fiscales et \u00e0 une hausse des d\u00e9penses sociales), les Etats ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une crise des finances publiques. Les march\u00e9s, doutant soudain de leur solvabilit\u00e9, exigent alors des taux mirobolants qui ruinent justement la solvabilit\u00e9 des Etats\u00a0: c\u2019est ce que l\u2019on nomme une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice\u00a0! <\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Depuis lors, les Banques Centrales ont pris le relai des march\u00e9s financiers par des politiques mon\u00e9taires non-conventionnelles\u00a0: \u00e0 travers les programmes d\u2019 \u00ab\u00a0assouplissement quantitatif\u00a0\u00bb (<i>quantitative easing<\/i>), elles rach\u00e8tent la dette des Etats. Dans la zone euro, la BCE n\u2019a pas le droit de financer directement les Etats, mais le probl\u00e8me est vite contourn\u00e9\u00a0car elle ach\u00e8te imm\u00e9diatement la dette sur le march\u00e9 secondaire\u00a0: autrement dit, quand un Etat-membre s\u2019endette, il \u00e9met un titre de dette sur le march\u00e9 primaire, o\u00f9 seules les banques commerciales peuvent l\u2019acheter, mais elles peuvent ensuite revendre cette cr\u00e9ance sur le march\u00e9 secondaire, o\u00f9 la BCE a le droit d\u2019intervenir\u00a0: en pratique, les banques fran\u00e7aises revendent la moiti\u00e9 de la dette de l\u2019Etat fran\u00e7ais \u00e0 la Banque Centrale dans les heures qui suivent son \u00e9mission\u00a0! C\u2019est ainsi que la BCE poss\u00e8de aujourd\u2019hui 25 % de dette publique d\u00e9tenus\u00a0: 600 milliards d&#8217;euros sur 2\u00a0400 milliards dans le cas de la France. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Ainsi, face \u00e0 la crise, les Banques Centrales se sont de plus en plus tourn\u00e9es vers les solutions qui pr\u00e9valaient pendant les Trente Glorieuses\u00a0: une monnaie cr\u00e9\u00e9e davantage par la puissance publique pour la puissance publique, en contournant le march\u00e9 du cr\u00e9dit. La monnaie est ainsi de plus en plus \u00ab\u00a0d\u00e9sencastr\u00e9e\u00a0\u00bb du march\u00e9, mais elle passe toujours par la dette\u00a0: l\u2019Etat emprunte (indirectement) \u00e0 la Banque Centrale. Or, puisque la Banque Centrale appartient \u00e0 l\u2019Etat (dans le cas de la zone euro, la BCE appartient aux Banques Centrales Nationales, qui elles-m\u00eames appartiennent enti\u00e8rement aux Etats-membres, sauf la Banque d\u2019Italie), alors la dette publique qu\u2019elle d\u00e9tient est en fait une dette de l\u2019Etat envers lui-m\u00eame (ou, inversement, une cr\u00e9ance de l\u2019Etat sur lui-m\u00eame)\u00a0! Cela a-t-il du sens d\u2019\u00eatre endett\u00e9 envers soi-m\u00eame, ou de se pr\u00eater \u00e0 soi-m\u00eame de l\u2019argent\u00a0? N\u2019est-ce pas l\u00e0 une fiction comptable\u00a0? <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Pourquoi alors ne pas effacer la dette publique d\u00e9tenue par la Banque Centrale, comme le proposent aujourd\u2019hui de nombreux macro-\u00e9conomistes parmi les plus brillants, comme Ga\u00ebl Giraud ou J\u00e9zabel Couppey-Soubeyran\u00a0? Cela ne reviendrait pas \u00e0 faire d\u00e9faut de paiement envers des cr\u00e9anciers priv\u00e9s\u00a0: aucun \u00e9pargnant ni aucune banque ne serait l\u00e9s\u00e9 (puisque la Banque Centrale leur a d\u00e9j\u00e0 rachet\u00e9 leurs cr\u00e9ances sur l\u2019Etat), et il n\u2019y aurait donc aucun risque de crise financi\u00e8re (au contraire, voir l\u2019Etat se d\u00e9sendetter en effa\u00e7ant une dette fictive correspondant \u00e0 un simple artifice comptable rassurerait les march\u00e9s financiers). Ainsi, on peut effacer 600 milliards de dette publique sans faire d\u00e9faut de paiement envers les \u00e9pargnants, ni lever des imp\u00f4ts et faire une cure d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire (baisse de la d\u00e9pense publique) pour rembourser, ni m\u00eame cr\u00e9er le moindre euro suppl\u00e9mentaire\u00a0: il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation mon\u00e9taire (donc pas de risque d\u2019inflation\u00a0!) puisque l\u2019op\u00e9ration se ferait \u00e0 masse mon\u00e9taire inchang\u00e9e (soldant la dette fictive n\u00e9e d\u2019une cr\u00e9ation mon\u00e9taire d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e). <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Chacun sait \u00e0 quoi renvoie l\u2019expression \u00ab\u00a0se lib\u00e9rer d\u2019une dette\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est une \u00e9mancipation, car la dette est un fardeau. Ce n\u2019est pas un simple contrat mutuellement avantageux librement consenti entre deux agents rationnels, comme le pensent trop d\u2019\u00e9conomistes\u00a0: c\u2019est un rapport social de d\u00e9pendance, qui suspend la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans l\u2019\u00e9change en instaurant un d\u00e9lai entre le donn\u00e9 et le rendu, ce qui suspend aussi l\u2019\u00e9galit\u00e9 de statut qui est au fondement de l\u2019\u00e9change marchand, comme l\u2019a montr\u00e9 l\u2019anthropologue David Graeber. Un danger se loge dans ce rapport social potentiellement violent\u00a0: l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de statut n\u2019est en principe suspendue que de mani\u00e8re provisoire, mais le d\u00e9lai introduit la temporalit\u00e9, donc l\u2019incertitude, le risque de ne plus pouvoir rembourser et d\u2019\u00eatre pris \u00e0 la gorge par les cr\u00e9anciers. L\u2019Histoire regorge d\u2019exemple de ces hordes de pauvres gens tomb\u00e9s en servitude pour dette sous des formes diverses, esclavage, p\u00e9onage ou mise en gage, depuis la M\u00e9sopotamie Antique, et m\u00eame les Etats peuvent \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9s et asservis par leurs cr\u00e9anciers, comme la Gr\u00e8ce le fut pendant la d\u00e9cennie pass\u00e9e. La dette est donc un rapport social de d\u00e9pendance\u00a0: c\u2019est pourquoi les agents cherchent \u00e0 \u00e9viter le fardeau de la dette qui les pr\u00e9carise au point de miner leur sant\u00e9 mentale et physique comme le documentent de nombreuses \u00e9tudes. C\u2019est \u00e9galement pourquoi il est toujours dangereux de laisser l\u2019Etat s\u2019endetter (m\u00eame aupr\u00e8s de sa propre Banque Centrale, car le risque d\u2019une remise en march\u00e9 de la dette publique par une technocratie d\u00e9voy\u00e9e et aveugle n\u2019est jamais \u00e0 exclure\u00a0!) dans des proportions aussi fortes que celle que nous connaissons\u00a0: pr\u00e8s de 120\u00a0% du PIB, soit des montants jamais atteints au si\u00e8cle dernier, en dehors des deux p\u00e9riodes de Guerre Mondiale laissant une dette colossale qui ne fut r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant que par l\u2019inflation et la croissance, qui semblent aujourd\u2019hui se d\u00e9rober\u00a0!<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019effacement de la dette publique d\u00e9tenue par la Banque Centrale est une piste de solution, mais elle n\u2019\u00e9quivaut pas en tant que telle \u00e0 de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire, et ne permet donc pas \u00e0 elle toute seule de relancer l\u2019activit\u00e9. Elle se contente de redonner des marges de man\u0153uvres budg\u00e9taires \u00e0 l\u2019Etat en \u00e9liminant le faux probl\u00e8me de la dette d\u00e9tenue par la Banque Centrale et en redonnant confiance aux march\u00e9s aupr\u00e8s de qui l\u2019Etat pourra de nouveau s\u2019endetter pour financer la relance des d\u00e9penses productives. Mais pourquoi ne pas aller encore plus loin, et admettre de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire en dehors de toute dette pour relancer l\u2019activit\u00e9 sans r\u00e9-alourdir le fardeau de la dette que l\u2019on venait d\u2019all\u00e9ger\u00a0? C\u2019est par exemple ce qu\u2019envisage J\u00e9zabel Couppey-Soubeyran (qui dirige le Master \u00ab\u00a0Monnaie, banque, finance\u00a0\u00bb de la Sorbonne) en pr\u00f4nant le recourt \u00e0 l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re mon\u00e9taire\u00a0: la Banque Centrale verserait de la monnaie sans contrepartie aux m\u00e9nages ou aux entreprises sous forme d\u2019allocation ou de subvention, augmentant la masse mon\u00e9taire (donc le pouvoir d\u2019achat des agents, n\u00e9cessaire \u00e0 la relance de l\u2019\u00e9conomie) sans qu\u2019aucune dette ne soit cr\u00e9\u00e9e. Avant-m\u00eame la crise sanitaire, l\u2019\u00e9conomiste Daniel Cohen (professeur \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure) proposait ainsi que la Banque Centrale fasse un ch\u00e8que de 1\u00a0000\u00a0\u20ac \u00e0 tous les Fran\u00e7ais pour No\u00ebl en 2019, afin de relancer la consommation\u00a0! On peut aussi imaginer que des subventions soient vers\u00e9es aux entreprises pour qu\u2019elles r\u00e9alisent des \u00ab\u00a0investissements verts\u00a0\u00bb qui n\u2019offrent pas de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re (et ne peuvent donc \u00eatre financ\u00e9s par des pr\u00eats \u00e0 rembourser, puisqu\u2019ils ne g\u00e9n\u00e8rent aucune recette mon\u00e9taire\u00a0!) mais permettent de d\u00e9carbonner la production, donc de r\u00e9duire les exernalit\u00e9s n\u00e9gatives sur le climat. <\/p>\n<h1>V\/ D\u00e9sencastrer la cr\u00e9ation mon\u00e9taire du march\u00e9 du cr\u00e9dit<\/h1>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ma th\u00e8se se concluait par une proposition encore plus radicale\u00a0: faire en sorte que l\u2019ensemble de la masse mon\u00e9taire soit cr\u00e9\u00e9e par la puissance publique, et mise en circulation en dehors de toute dette (comme au Monopoly\u00a0!). Pour effectuer la transition, il faut s\u2019inspirer du <i>100\u00a0% Money <\/i>de Fisher (1935) ou <i>Chicago Plan<\/i>\u00a0que connaissent bien certains internautes\u00a0: la Banque Centrale cr\u00e9erait de la \u00ab\u00a0base mon\u00e9taire\u00a0\u00bb (la monnaie centrale servant aux r\u00e8glements interbancaires) pour racheter les titres de dette publique aux banques (en les annulant au fur et \u00e0 mesure) jusqu\u2019\u00e0 ce que celles-ci aient une couverture int\u00e9grale des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue par des r\u00e9serves enti\u00e8res (et non plus fractionnaires comme aujourd\u2019hui) en monnaie centrale. Ce charabia technique signifie tout simplement que la Banque Centrale (qu\u2019il conviendrait de renommer \u00ab\u00a0Institution d\u2019Emission\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle met alors la monnaie en circulation sans recourir au cr\u00e9dit) retrouve le monopole de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire\u00a0: les banques commerciales ne peuvent plus en cr\u00e9er. Elles h\u00e9bergent toujours les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue mais doivent elles-m\u00eames d\u00e9poser les sommes collect\u00e9es sur les comptes courants dans leur propre compte \u00e0 la Banque Centrale (ce qui supprime d\u2019ailleurs tout risque de disparition de la monnaie en cas de faillite bancaire ou de ru\u00e9e bancaire<a title=\"\" href=\"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/?p=349&amp;elementor-preview=349&amp;ver=1615905659#_ftn1\">[1]<\/a>). La puissance publique d\u00e9cide d\u00e9sormais souverainement de la masse mon\u00e9taire en circulation.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Si Fisher restait un auteur tr\u00e8s lib\u00e9ral, redoutant les sur\u00e9missions et l\u2019inflation, rien n\u2019interdit de mener des politiques mon\u00e9taires keyn\u00e9siennes (c\u2019est-\u00e0-dire de relance) dans le nouveau cadre institutionnel. L\u2019Institution d\u2019Emission d\u00e9ciderait ainsi d\u2019augmenter la masse mon\u00e9taire de 5\u00a0% par an par exemple, en visant une croissance r\u00e9elle de 2,5\u00a0% et une inflation de 2,5\u00a0% (du moins si le ch\u00f4mage disparait), et l\u2019injecterait dans l\u2019\u00e9conomie sans dette. Cela passerait par une allocation universelle aux m\u00e9nages d\u00e8s lors que les autorit\u00e9s mon\u00e9taires estiment qu\u2019il faut relancer la consommation \u2013 ce qui n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 un revenu de base permanent et suffisant pour vivre\u00a0: on parle au mieux d\u2019une centaine d\u2019euros par mois par personne si toute la cr\u00e9ation mon\u00e9taire est affect\u00e9e \u00e0 la consommation, ce qui n\u2019est pas id\u00e9al\u00a0! Pour financer l\u2019investissement, la monnaie serait \u00e9galement allou\u00e9es aux entreprises, associations et organismes publics ou sociaux par un r\u00e9seau de Caisses D\u00e9partementales de Subventions aux Investissements s\u00e9lectionnant les projets d\u2019investissement (publics ou priv\u00e9s) r\u00e9pondant \u00e0 des crit\u00e8res strat\u00e9giques en termes d\u2019enjeux ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance). <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Ainsi pourraient \u00eatre subventionn\u00e9s la construction ou l\u2019entretien de centrales solaires ou hydroliennes, de logements thermiquement isol\u00e9s ou de bureaux \u00e9nerg\u00e9tiquement performants, d\u2019h\u00f4pitaux ou de maternit\u00e9s, d\u2019usines vertes ou de commerces en circuits courts, d\u2019\u00e9coles ou d\u2019universit\u00e9s, de gares ou de voies ferr\u00e9es, de fermes biologiques ou de for\u00eats natives\u2026 sans qu\u2019il n\u2019en co\u00fbte rien \u00e0 personne, puisque ces investissements seraient financ\u00e9s par cr\u00e9ation mon\u00e9taire en dehors de toute dette de fa\u00e7on \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins sociaux en assurant le plein-emploi, et dans la limite d\u2019un accroissement de la masse mon\u00e9taire qui ne fasse pas d\u00e9raper l\u2019inflation. L\u2019\u00e9conomie ne serait pas collectivis\u00e9e comme en Union sovi\u00e9tique\u00a0: l\u2019essentiel des investissements seraient toujours financ\u00e9s par des pr\u00eats \u00e0 int\u00e9r\u00eat sur le march\u00e9 des capitaux (gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9pargne pr\u00e9alablement collect\u00e9e par les banques, qui n\u2019auront plus le pouvoir de cr\u00e9ation mon\u00e9taire) mais tout accroissement de la masse mon\u00e9taire n\u00e9cessaire au d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et environnemental se ferait en dehors du march\u00e9 du cr\u00e9dit, ce qui offre un formidable levier d\u2019action \u00e0 la puissance publique pour assurer un guidage souple de l\u2019\u00e9conomie capable de relever les grands d\u00e9fis de notre temps. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Nous pr\u00f4nons donc une cr\u00e9ation mon\u00e9taire enti\u00e8rement d\u00e9sencastr\u00e9e du march\u00e9 du cr\u00e9dit, afin d\u2019\u00e9viter l\u2019accumulation de dettes fictives et de s\u2019assurer que l\u2019argent cr\u00e9\u00e9 r\u00e9ponde \u00e0 des besoins sociaux r\u00e9els plut\u00f4t que d\u2019alimenter des bulles sp\u00e9culatives. Ni dette, ni marchandise, la monnaie est une institution, qui doit \u00eatre contr\u00f4l\u00e9e politiquement pour r\u00e9guler et stabiliser l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9e qu\u2019elle fonde. <\/p>\n<p style=\"margin-left: 54.0pt;text-indent: -18.0pt\">1-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La monnaie doit \u00eatre d\u00e9sencastr\u00e9e du march\u00e9, dont elle est le fondement. Il n\u2019y a pas de march\u00e9 sans monnaie\u00a0: comme l\u2019ont compris les anthropologues, le troc ne peut \u00eatre que marginal, une soci\u00e9t\u00e9 marchande ne pouvant se constituer qu\u2019\u00e0 partir d\u2019\u00e9changes mon\u00e9taires car la monnaie, comme moyen de paiement universellement accept\u00e9, r\u00e9sout le probl\u00e8me de la double co\u00efncidence des besoins qui se pose dans le troc, et, comme unit\u00e9 de compte, cr\u00e9e un langage commun permettant d\u2019exprimer la valeurs des biens dans un syst\u00e8me de prix unifi\u00e9, \u00e9vitant d\u2019avoir \u00e0 comparer toutes les marchandises directement entre elles et de calculer le prix des bananes ou de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en voitures, en chaussures mais aussi en manucures ou en pain \u00e0 chaque fois que l\u2019on fait une transaction, ce qui serait impossible et rendrait la valeur des biens offerts ou demand\u00e9s illisible pour chacun\u00a0! C\u2019est la monnaie qui fonde le march\u00e9, et non le march\u00e9 qui fonde la monnaie\u00a0: il faut donc que la monnaie ne soit pas produite par le march\u00e9 comme une marchandise (monnaie m\u00e9tallique) ou une dette (monnaie de cr\u00e9dit), car alors sa quantit\u00e9 fluctue en fonction de la conjoncture que subit le march\u00e9, alors-m\u00eame que la masse mon\u00e9taire en circulation d\u00e9termine elle-m\u00eame la conjoncture du march\u00e9 et le niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix, cr\u00e9ant une boucle d\u2019instabilit\u00e9 autoentretenue\u00a0! <\/p>\n<p style=\"margin-left: 54.0pt;text-indent: -18.0pt\">2-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En outre, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire ne doit pas n\u00e9cessairement passer par la dette\u00a0: ce n\u2019\u00e9tait en effet pas le cas \u00e0 l\u2019\u00e9poque des monnaies m\u00e9talliques. Aucune dette ne se nouait quand un souverain d\u00e9couvrait une mine d\u2019or et battait monnaie, ou m\u00eame quand la libre frappe des pi\u00e8ces permettait \u00e0 chaque d\u00e9tenteur d\u2019un lingot de le transformer en pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des Monnaies. Evidemment, la limite des monnaies m\u00e9talliques est que leur quantit\u00e9 n\u2019est pas contr\u00f4l\u00e9e par le pouvoir souverain de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9guler l\u2019\u00e9conomie, mais varie arbitrairement en fonction des d\u00e9couvertes fortuites de nouveaux gisements ou des p\u00e9riodes \u00ab\u00a0famines mon\u00e9taires\u00a0\u00bb\u2026 qui ont justement stimul\u00e9 l\u2019invention de nouvelles formes de monnaie (billets puis monnaie scripturale) par les banquiers pour r\u00e9pondre aux besoins de l\u2019\u00e9conomie. C\u2019est par cette trajectoire historique contingente que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire a fini par \u00e9chapper au monopole public pour tomber entre les mains des banquiers priv\u00e9s plus ou moins r\u00e9gul\u00e9s par le pouvoir souverain, et s\u2019est retrouv\u00e9 encastr\u00e9e dans la dette. Il ne s\u2019agit pas aujourd\u2019hui de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9talon-or, cette \u00ab\u00a0relique barbare\u00a0\u00bb comme disait Keynes, mais de d\u00e9sencastrer la monnaie du march\u00e9 et de la dette pour en refaire une institution contr\u00f4l\u00e9e par la puissance publique. <\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Cela revient \u00e0 rendre la monnaie \u00ab\u00a0exog\u00e8ne\u00a0\u00bb, au sens o\u00f9 elle ne na\u00eetrait plus spontan\u00e9ment des transactions marchandes. Il y aurait donc une rupture int\u00e9grale avec l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie \u2013 sauf \u00e0 entendre par ce terme polys\u00e9mique le simple fait que la monnaie doit toujours r\u00e9pondre \u00e0 un besoin pour conserver sa valeur (comme me l\u2019a fait remarquer J\u00e9zabel Couppey-Soubeyran pendant la soutenance). On peut alors pr\u00e9senter ma proposition de r\u00e9forme non pas comme une rupture avec l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie, mais avec le mode d\u00e9centralis\u00e9 d\u2019expression des besoins sociaux par la demande de cr\u00e9dits bancaires (pour r\u00e9aliser des d\u00e9penses dont les individus estiment avoir besoin), auquel on substituerait un mode centralis\u00e9 d\u2019expression des besoins de d\u00e9pense socio-\u00e9conomiques n\u00e9cessaires \u00e0 la collectivit\u00e9. L\u2019essentiel est qu\u2019il appartienne d\u00e9sormais \u00e0 la puissance publique de d\u00e9finir d\u00e9mocratiquement le volume de monnaie \u00e0 cr\u00e9er chaque mois ou chaque ann\u00e9e, et les crit\u00e8res politiques d\u2019allocation des encaisses \u2013 la distribution fine des fonds au plus pr\u00e8s des besoins \u00e9tant ensuite assur\u00e9 par un r\u00e9seau de Caisses D\u00e9partementales de Subvention aux Investissements dont la gouvernance inclurait toutes les parties prenantes d\u2019un territoire (\u00e9lus locaux, chambre de commerce et de l\u2019industrie, syndicats, associations de consommateur, association de d\u00e9fense de l\u2019environnement, etc.). C\u2019est autour de ces nouveaux canaux de distribution publique de la monnaie que devrait s\u2019articuler tout le syst\u00e8me financier priv\u00e9\u00a0: la finance publique ne peut pas remplacer enti\u00e8rement la finance priv\u00e9e, mais la puissance publique doit \u00eatre remise au centre du jeu, car elle seule est en mesure de d\u00e9finir un horizon commun de d\u00e9veloppement durable, une vision partag\u00e9e de l\u2019avenir sur laquelle peuvent se coordonner les agents priv\u00e9s pour sortir de la finance punk et orienter \u00e0 nouveau l\u2019\u00e9pargne vers les investissements productifs.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">La cr\u00e9ation mon\u00e9taire doit redevenir un monopole public. Cela ne signifie pas que la puissance publique soit toute puissante sur la monnaie qui serait une simple \u00ab\u00a0cr\u00e9ature de l\u2019Etat\u00a0\u00bb comme le pensent les n\u00e9ochartalistes partisans de la Th\u00e9orie Mon\u00e9taire Moderne qui s\u2019inspirent de Georg Knapp (\u00e9conomiste allemand du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et d\u2019Abba Lerner (\u00e9conomiste am\u00e9ricain des Trente Glorieuses). La soci\u00e9t\u00e9 civile a son mot \u00e0 dire, car elle peut rejeter la monnaie que l\u2019Etat tente de lui imposer s\u2019il en \u00e9met trop et ne parvient pas \u00e0 garantir sa valeur\u00a0: c\u2019est ce qui se passe pendant une crise d\u2019hyperinflation. Comme le soulignent Andr\u00e9 Orl\u00e9an et Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, les assignats \u00e9mis par la Caisse de l\u2019Extraordinaire pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise enregistreront une d\u00e9pr\u00e9ciation de 97% alors que la peine de mort menace quiconque les refuserait comme moyen de paiement. Dans un rejet quasi-unanime, les Fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e8rent prendre le risque de la guillotine plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre pay\u00e9s dans cette monnaie de singe\u00a0! L\u2019Etat, impuissant, doit renoncer \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience, preuve que la monnaie n\u2019est pas sa cr\u00e9ature. Elle ne doit na\u00eetre que pour r\u00e9pondre \u00e0 un besoin \u00e9conomique r\u00e9el, et doit d\u00e8s lors \u00eatre cr\u00e9\u00e9e dans des quantit\u00e9s limit\u00e9es, avec un rythme d\u2019accroissement ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">A l\u2019inverse des chartalistes, d\u2019autres auteurs \u00e9minents comme Carl Menger, \u00e9conomiste autrichien du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, voient la monnaie comme un produit du march\u00e9 plut\u00f4t que de l\u2019Etat. Cet auteur a th\u00e9oris\u00e9 l\u2019\u00e9mergence spontan\u00e9e de la monnaie \u00e0 partir de la recherche par les agents de moyens de paiements liquides. Mais comme nous l\u2019avons dit, la monnaie est premi\u00e8re par rapport au march\u00e9 qui se fonde sur elle\u00a0: c\u2019est d\u2019ailleurs confirm\u00e9 par le fait que les monnaies de comptes invent\u00e9es par les Grands Organismes (temples puis palais) en M\u00e9sopotamie antique pour les besoins de leur comptabilit\u00e9 interne ont historiquement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019\u00e9mergence des \u00e9changes marchands, et que le march\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9 (ind\u00e9pendant des Grands Organismes) n\u2019a connu d\u2019essor qu\u2019avec l\u2019invention des pi\u00e8ces de monnaies par l\u2019Etat en Lydie au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re\u00a0! C\u2019est l\u2019Etat qui, en tant qu\u2019\u00e9metteur, certifie par son sceau la valeur, reconnue par toute la soci\u00e9t\u00e9, de chaque unit\u00e9 mon\u00e9taire en circulation\u00a0; c\u2019est lui qui cr\u00e9e un besoin universel de monnaie en pr\u00e9levant l\u2019imp\u00f4t sous cette forme\u00a0; c\u2019est lui qui assure le cours l\u00e9gal de la monnaie en p\u00e9nalisant les refus de paiement mon\u00e9taire. La monnaie est cette figure de la totalit\u00e9 sociale pr\u00e9sente au c\u0153ur de chaque transaction priv\u00e9e (ce qu\u2019on l\u2019oublie trop souvent, en r\u00e9duisant le march\u00e9 \u00e0 une juxtaposition de contrats priv\u00e9s sans m\u00e9diation institutionnelle commune\u00a0!), et seul l\u2019Etat peut garantir la stabilit\u00e9 de cette institution.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 36.0pt\">Qu\u2019une monnaie n\u2019est pas viable sans le renfort de la puissance souveraine, qui seule lui conf\u00e8re sa stabilit\u00e9, c\u2019est ce qu\u2019illustre le ph\u00e9nom\u00e8ne du Bitcoin, dont le cours totalement instable en fait un crypto-actif sp\u00e9culatif plut\u00f4t qu\u2019une crypto-monnaie. Comme les lingots d\u2019or, il lui manque en effet deux fonctions essentielles de la monnaie\u00a0: il n\u2019est pas une unit\u00e9 de compte (qui fait ses comptes, calcule la valeur d\u2019un bien ou affiche son prix en Bitcoin\u00a0?) ni un moyen de paiement (qui fait ses courses en Bitcoin\u00a0?). M\u00eame la fonction de r\u00e9serve de valeur n\u2019a pas la stabilit\u00e9 de la monnaie\u00a0: comme l\u2019or, le Bitcoin est un actif sp\u00e9culatif, qui ne g\u00e9n\u00e8re aucun rendement (ni dividende, ni int\u00e9r\u00eat, ni loyer), et donc la valeur ne vient que du fait que d\u2019autres agents seront pr\u00eats, demain, \u00e0 acheter plus cher cet actif qui ne sert \u00e0 rien\u2026 un morceau de n\u00e9ant qui s\u2019ach\u00e8te et se revend toujours plus cher\u00a0tant que l\u2019optimisme r\u00e8gne ! Mais le moindre choc de confiance peut faire s\u2019effondrer brutalement la valeur de cet actif purement sp\u00e9culatif que personne n\u2019est contraint d\u2019utiliser au quotidien dans chacune de ses transactions (contrairement \u00e0 la monnaie). La monnaie n\u2019est pas la cr\u00e9ature de l\u2019Etat, mais elle n\u2019est viable que domestiqu\u00e9e par lui\u00a0! La v\u00e9rit\u00e9 sur la nature institutionnelle de la monnaie, ce concentr\u00e9 de confiance sociale cristallis\u00e9e par les \u00e9changes marchands bilat\u00e9raux <i>et<\/i> la r\u00e9gulation de la puissance souveraine, nous semble donc se situer entre Menger et Knapp, Bitcoin et assignat. D\u00e9sencastrer la cr\u00e9ation mon\u00e9taire du march\u00e9 du cr\u00e9dit ne doit donc pas conduire \u00e0 faire n\u2019importe quoi avec la monnaie au risque de l\u2019ensauvager\u00a0! Les dispositifs institutionnels \u00e0 mettre en place doivent donc organiser l\u2019ind\u00e9pendance et la responsabilit\u00e9 des autorit\u00e9s mon\u00e9taires, contrepartie de leur pouvoir de r\u00e9gulation politique de l\u2019\u00e9conomie qui est plus que jamais n\u00e9cessaire. <\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/?p=349&amp;elementor-preview=349&amp;ver=1615905659#_ftnref1\">[1]<\/a> Les <i>bank runs<\/i>, ou ru\u00e9es bancaires, sont un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9fiance auto-r\u00e9alisatrice, illustr\u00e9 par exemple par une c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne de <i>Mary Poppins<\/i>\u00a0: une rumeur infond\u00e9e fait croire aux d\u00e9posants que la banque n\u2019a plus de quoi payer les retraits, chacun se pr\u00e9cipite au guichet pour retirer l\u2019argent tant qu\u2019il en reste, ce qui provoque <i>de facto <\/i>le probl\u00e8me, car la banque ne garde en r\u00e9serve qu\u2019une fraction des encaisses qu\u2019elle doit dans un syst\u00e8me d\u2019argent-dette, et peut donc faire faillite \u00e0 cause d\u2019une simple rumeur \u2013 sauf \u00e0 emprunter dans l\u2019urgence \u00e0 la Banque Centrale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma th\u00e8se en 18 pages au lieu de 420 ! 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