{"id":408,"date":"2021-03-17T18:00:42","date_gmt":"2021-03-17T17:00:42","guid":{"rendered":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/?p=408"},"modified":"2021-03-20T08:41:19","modified_gmt":"2021-03-20T07:41:19","slug":"extrait-bonus-chap-1-individualisme-methodologique-holisme-interactionnisme-comment-penser-la-dette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/2021\/03\/17\/extrait-bonus-chap-1-individualisme-methodologique-holisme-interactionnisme-comment-penser-la-dette\/","title":{"rendered":"Extrait bonus (Chap. 1) : individualisme m\u00e9thodologique, holisme, interactionnisme structural\u2026 quelle \u00e9pist\u00e9mologie pour penser la monnaie et la dette ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>La monnaie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour [les n\u00e9oclassiques], la monnaie n\u2019est pas absolument indispensable \u00e0 l\u2019ordre marchand\u00a0: le myst\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie marchande, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un ordre d\u00e9centralis\u00e9, s\u2019explique non pas par l\u2019institution mon\u00e9taire, mais par l\u2019existence de prix d\u2019\u00e9quilibre qui \u00e9galisent l\u2019offre \u00e0 la demande et rendent mutuellement compatibles les d\u00e9sirs individuels en apparence contradictoires des agents. C\u2019est donc l\u2019\u00e9quilibre spontan\u00e9 du march\u00e9 qui permet de surmonter l\u2019atomisation des agents et de cr\u00e9er un ordre marchand, la monnaie ne venant que faciliter le processus. Or, si la possibilit\u00e9 d\u2019un tel \u00e9quilibre a pu \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e (sous certaines conditions restrictives) par la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9rale d\u2019Arrow et Debreu<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, point d\u2019orgue de cette approche, celle-ci s\u2019est pourtant heurt\u00e9e \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9montrer sa stabilit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la convergence spontan\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie vers cet \u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, rien ne permet d\u2019affirmer que l\u2019\u00e9quilibre sera effectivement atteint : le myst\u00e8re des \u00e9conomies marchandes ne peut donc \u00eatre r\u00e9solu sur la seule base d\u2019axiomes relevant de l\u2019individualisme m\u00e9thodologique le plus strict \u2013 lesquels masquent d\u2019ailleurs en r\u00e9alit\u00e9 des hypoth\u00e8ses institutionnelles lourdes mais implicites, comme le montre Andr\u00e9 Orl\u00e9an dans <em>L\u2019Empire de la valeur<a href=\"#_ftn2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em>. Il apparait donc impossible de rendre compte de l\u2019ordre marchand sans pens\u00e9e des institutions, et en particulier de la monnaie, ce qui implique de sortir d\u2019un individualisme m\u00e9thodologique \u00e9troit. Il est \u00e0 cet \u00e9gard notable que de nombreux th\u00e9oriciens n\u00e9oclassiques qui \u00e9liminent la monnaie de leurs postulats, tentent de la r\u00e9introduire apr\u00e8s-coup, mais dans un univers marchand dont l\u2019explication n\u2019a pas recouru \u00e0 la monnaie, ce qui rend son insertion <em>ex post <\/em>compliqu\u00e9e. Diff\u00e9rentes tentatives successives ont en effet tent\u00e9 de prendre en compte la monnaie dans les mod\u00e8les n\u00e9oclassiques, mais sans pouvoir v\u00e9ritablement justifier son existence dans le cadre de l\u2019individualisme m\u00e9thodologique strict.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble donc que seule une approche r\u00e9solument institutionnaliste soit pleinement \u00e0 m\u00eame de rendre compte du fait mon\u00e9taire. La version sans doute la plus aboutie d\u2019une telle approche est celle d\u00e9velopp\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1980 par Michel Aglietta et Andr\u00e9 Orl\u00e9an<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, qui proposent une gen\u00e8se conceptuelle de l\u2019institution mon\u00e9taire \u00e0 partir de la th\u00e9orie du d\u00e9sir et de la violence mim\u00e9tique de Ren\u00e9 Girard. Rompant radicalement avec les axiomes n\u00e9oclassiques, les auteurs offrent une conception h\u00e9t\u00e9rodoxe de la monnaie comme institution fondatrice d\u2019une communaut\u00e9 de valeur qui est au principe de l\u2019\u00e9change marchand : la monnaie n\u2019apparait plus comme le fruit du march\u00e9, mais sa condition de possibilit\u00e9 (ce qui distingue cette approche de celle de Carl Menger et des mod\u00e8les de prospection<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>), qui, \u00e9tablissant une \u00e9chelle de grandeur partag\u00e9e pour \u00e9valuer les marchandises, les rend commensurables et \u00e9changeables<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. C\u2019est la face holiste de la monnaie, par laquelle la totalit\u00e9 sociale est pr\u00e9sente au c\u0153ur de chaque relation marchande interindividuelle, et dont la compr\u00e9hension mobilise les concepts de souverainet\u00e9, de confiance et de communaut\u00e9 mon\u00e9taire<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. La monnaie se caract\u00e9rise toutefois par une ambivalence fondamentale, puisqu\u2019elle pr\u00e9sente aussi une face individualiste, suscitant le d\u00e9sir priv\u00e9, en tant que bien pouvant \u00eatre accapar\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9 dans le patrimoine individuel d\u2019un agent. Cette ambivalence fondamentale explique que l\u2019histoire du fait mon\u00e9taire soit marqu\u00e9e par de fr\u00e9quentes crises mon\u00e9taires et financi\u00e8res : l\u2019hyperinflation caract\u00e9rise par exemple une situation de d\u00e9cha\u00eenement des d\u00e9sirs priv\u00e9s qui ruine la confiance collective n\u00e9cessaire \u00e0 la stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9talon mon\u00e9taire (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 dire la valeur), tandis qu\u2019une crise financi\u00e8re ou une spirale d\u00e9flationniste correspond \u00e0 une situation de d\u00e9fiance mutuelle entre les agents qui se replient sur la confiance collective dans la monnaie au point de la th\u00e9sauriser plut\u00f4t que de la d\u00e9penser, ruinant la circulation marchande. La conception de la monnaie propos\u00e9e par Michel Aglietta et Andr\u00e9 Orl\u00e9an permet de rendre compte aussi bien de l\u2019ordre mon\u00e9taire que de ses crises, l\u00e0 o\u00f9 la th\u00e9orie n\u00e9oclassique ne voit le plus souvent dans la monnaie qu\u2019un voile sur l\u2019\u00e9conomie sans effet sur l\u2019ordre marchand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>La dette<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse en termes de contrat qu\u2019implique l\u2019individualisme m\u00e9thodologique ne saurait selon nous \u00e9puiser le concept de dette, auquel il convient de restituer son \u00e9paisseur anthropologique en l\u2019appr\u00e9hendant comme un rapport social, c\u2019est-\u00e0-dire comme un type d\u2019interactions entre individus produites et contraintes par des structures dont les formes sont historiquement et g\u00e9ographiquement variables \u2013 et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment leurs variations que nous aurons \u00e0 \u00e9tudier dans la suite de la th\u00e8se. Loin de se r\u00e9sorber dans un pur accord de volont\u00e9s libres se d\u00e9terminant en apesanteur sociale, la dette proc\u00e8de au contraire d\u2019un jeu social se d\u00e9ployant dans un cadre institutionnel donn\u00e9 qui lui donne son sens (au sens large du terme \u00ab institutionnel \u00bb, incluant des organisations et dispositifs juridiques, mais aussi un contexte politique et culturel, un ensemble de pratiques et de repr\u00e9sentations conventionnelles constituant autant de normes sociales). Il ne s\u2019agit bien s\u00fbr pas de nier qu\u2019une dette est un contrat, mais de penser ce contrat comme un rapport social, c\u2019est-\u00e0-dire comme le fruit non pas des seules d\u00e9cisions individuelles, mais de tout un contexte social qu\u2019il s\u2019agira de sp\u00e9cifier (notamment en mobilisant le concept de mode de r\u00e9gulation) dans la suite de notre recherche. Parler de rapport social plut\u00f4t que de contrat optimal constitue donc une rupture \u00e9pist\u00e9mologique radicale avec l\u2019individualisme m\u00e9thodologique et la th\u00e9orie du choix rationnel qui fonde la conception n\u00e9oclassique, aujourd\u2019hui dominante, pour lui substituer l\u2019approche d\u2019une \u00ab \u00e9conomie des affects \u00bb et des rapports de puissance telle que Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon la d\u00e9veloppe \u00e0 partir de la philosophie spinoziste<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e centrale est d\u2019expliquer le social par le social (comme le fait toute science sociale) : l\u2019individu est pens\u00e9 comme un conatus, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00e9lan de d\u00e9sir sans objet pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, qui re\u00e7oit sa d\u00e9termination des relations sociales qui l\u2019affectent et d\u00e9terminent sa trajectoire. Chaque conatus est \u00e9galement con\u00e7u comme une puissance d\u2019agir, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019affecter d\u2019autres individus pour les d\u00e9terminer \u00e0 sentir, penser ou agir de telle ou telle mani\u00e8re. Cette puissance varie en degr\u00e9 selon les affects d\u00e9termin\u00e9s par sa trajectoire sociale ant\u00e9rieure, et qui l\u2019inscrivent, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019affects communs \u00e0 plusieurs individus (soit d\u2019institutions au sens large), dans un courant de puissance collective coalisant plusieurs conatus individuels. Une telle \u00ab puissance de la multitude \u00bb (potentia multitudinis) est \u00e0 la fois le fruit et la source des \u00ab affects communs \u00bb : c\u2019est une \u00ab transcendance immanente \u00bb, n\u00e9e des interactions individuelles immanentes mais s\u2019imposant \u00e0 tous comme transcendante en tant qu\u2019elle \u00e9chappe au contr\u00f4le de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport d\u2019endettement nous semble ainsi \u00e0 penser comme une affaire de puissances et d\u2019affects. Cela ne rel\u00e8ve pas d\u2019un jeu conceptuel gratuit, mais permet de voir et de donner sens \u00e0 toute la dimension agonistique de la dette qu\u2019occulterait le seul recours \u00e0 la th\u00e9orie du choix rationnel. Nous illustrerons plus loin, notamment \u00e0 partir du cas grec, ce que permet de saisir la conceptualisation de la dette comme rapport de puissance, mais \u00e9voquons d\u00e9j\u00e0 quelques faits empiriques qui \u00e9chapperaient \u00e0 une analyse n\u00e9oclassique alors qu\u2019ils sont constitutifs de la r\u00e9alit\u00e9 sociale de la dette telle qu\u2019elle est v\u00e9cue par les acteurs sociaux, qui se trouvent marqu\u00e9s dans leurs corps et leurs esprits par la violence de ce rapport social que nous d\u00e9finirons plus loin comme un rapport de d\u00e9pendance. Il existe de nombreux articles, publi\u00e9s pour l\u2019essentiel dans des revues m\u00e9dicales, sur l\u2019impact du surendettement sur la sant\u00e9 mentale et physique, et plus radicalement sur le suicide<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>, r\u00e9action extr\u00eame qui d\u00e9voile la puissance affective de ce rapport social. Une \u00e9tude men\u00e9e en Angleterre<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> montre par exemple que les personnes endett\u00e9es sont deux fois plus susceptibles de penser au suicide toute chose \u00e9gale par ailleurs. Ce risque d\u00e9doubl\u00e9 d\u2019avoir des pens\u00e9es suicidaires en cas de surendettement se traduit aussi par un passage \u00e0 l\u2019acte plus fr\u00e9quent. En croisant les dossiers d&#8217;un centre de traumatologie \u00e0 ceux d\u2019un tribunal de faillite aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1990, une autre \u00e9tude<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> montre par exemple que les patients admis au service d&#8217;urgence \u00e0 la suite d&#8217;une tentative de suicide par une m\u00e9thode violente sont 1,68 fois plus susceptibles d\u2019avoir subi une faillite personnelle au cours des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes que les autres patients (admis pour toute autre raison), et sont plus de deux fois plus susceptibles de faire face \u00e0 une faillite personnelle au cours des deux ann\u00e9es suivantes. En termes spinozistes, on dira que le surendettement constitue un affect triste, c\u2019est-\u00e0-dire un affect susceptible de r\u00e9duire la puissance d\u2019\u00eatre du conatus individuel, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9teindre compl\u00e8tement, le pousser au suicide.<\/p>\n\n\n\n<p>Les suicides pour surendettement sont l\u2019illustration paroxystique de la violence de ce rapport social lorsqu\u2019il devient facteur d\u2019exclusion, de d\u00e9socialisation, mais ils r\u00e9v\u00e8lent en creux le r\u00f4le d\u2019inclusion sociale que jouait la dette, ou du moins l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la liquidit\u00e9 qu\u2019elle avait permis avant l\u2019atteinte du seuil critique. Le pr\u00eat d\u2019argent nous semble \u00e0 interpr\u00e9ter comme un affect joyeux, augmentant la puissance d\u2019agir du d\u00e9biteur en le dotant d\u2019un pouvoir d\u2019achat : il joue un r\u00f4le socialisateur en incluant l\u2019individu dans la communaut\u00e9 marchande par la fourniture de liquidit\u00e9s qui lui permettent de r\u00e9aliser ses projets d\u2019entreprise, d\u2019investissement domestique (immobilier, v\u00e9hicule, \u00e9tudes\u2026) ou de consommation. Mais sa contrepartie, la dette, ne peut \u00eatre pens\u00e9e que comme un affect triste, une contrainte de remboursement limitant la puissance d\u2019agir de l\u2019individu \u2013 et l\u2019excluant de la communaut\u00e9 marchande s\u2019il s\u2019av\u00e8re incapable de s\u2019y plier, processus dont la violence potentielle est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par son actualisation paroxystique dans le cas des suicides. Cette situation micro\u00e9conomique n\u2019est bien s\u00fbr pas sans cons\u00e9quences macro\u00e9conomiques. Comme nous le verrons dans la suite de cette recherche, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire passe, dans le cadre institutionnel actuel, par la dette : l\u2019affect joyeux de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la liquidit\u00e9, indispensable au fonctionnement d\u2019une \u00e9conomie mon\u00e9taire de production, se trouve d\u00e8s lors encastr\u00e9 dans l\u2019affect triste du fardeau d\u2019endettement. Toute injection de monnaie suppl\u00e9mentaire suppose un alourdissement de la dette des agents, dont la contrainte de solvabilit\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire la peur de ne pas pouvoir rembourser dans l\u2019avenir (un avenir en outre de plus en plus incertain aujourd\u2019hui), les pousse \u00e0 ne pas s\u2019endetter assez par rapport aux conditions de la stabilit\u00e9 macro\u00e9conomique. Cela constitue selon nous un des principaux obstacles \u00e0 la r\u00e9ussite des politiques mon\u00e9taires, comme on le verra par la suite, et un argument en faveur des dispositifs visant \u00e0 rompre l\u2019encastrement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire dans le rapport d\u2019endettement, comme l\u2019<em>helicopter money <\/em>ou le <em>100% Money<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Kenneth Arrow et Gerard Debreu, \u00ab Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy \u00bb, <em>Econometrica<\/em>, 1954, vol. 22, p. 265 \u00e0 290.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> La th\u00e9orie n\u00e9oclassique repose sur \u00ab quatre puissants processus institutionnels de formatage du monde social [\u2026], \u00e0 savoir : un ensemble de biens connus de tous les acteurs (hypoth\u00e8se de nomenclature des biens) ; une repr\u00e9sentation commune de l\u2019incertitude (hypoth\u00e8se de nomenclature des \u00e9tats du monde) ; une reconnaissance collective de ce qu\u2019est le m\u00e9canisme de prix (hypoth\u00e8se du secr\u00e9taire de march\u00e9) ; l\u2019adoption par tous les acteurs d\u2019une conception strictement utilitaire des biens marchands (hypoth\u00e8se de convexit\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences). Dans un tel cadre institutionnel, les individus n\u2019ont plus besoin de se rencontrer, ni de se parler. Leur attention porte seulement sur les m\u00e9canismes objectifs (qualit\u00e9s et prix) qui absorbent toute la substance sociale. \u00bb Andr\u00e9 Orl\u00e9an, <em>L\u2019Empire de la valeur<\/em>, Paris, Seuil, 2011, p. 117.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Michel Aglietta et Andr\u00e9 Orl\u00e9an, <em>La violence de la monnaie<\/em>, Paris, PUF, 1982 et <em>La monnaie : entre violence et confiance<\/em>, Paris Odile Jacob, 2002. Voir aussi les ouvrages collectifs : Michel Aglietta et Andr\u00e9 Orl\u00e9an (dir.), <em>Souverainet\u00e9, l\u00e9gitimit\u00e9 de la monnaie<\/em>, Paris, Association d\u2019Economie Financi\u00e8re \/ Centre de Recherches Epist\u00e9mologiques Appliqu\u00e9es, 1995, et <em>La Monnaie souveraine<\/em>, Paris, Odile Jacob, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Ceux-ci pensent en effet la monnaie comme le d\u00e9passement rationnel d\u2019un troc primordial qui demeure la v\u00e9rit\u00e9 fondamentale de l\u2019\u00e9conomie (l\u2019\u00e9quilibre mon\u00e9taire n\u2019est d\u2019ailleurs pas n\u00e9cessaire dans les mod\u00e8les de prospection : il est seulement possible). Dans ce cadre, la monnaie n\u2019est pas premi\u00e8re : elle est introduite dans une \u00e9conomie qui connait d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9change et dont on peut d\u00e9terminer le prix de chaque marchandise ; elle ne joue donc qu\u2019un r\u00f4le instrumental de r\u00e9duction des co\u00fbts de transaction.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> La valeur est ainsi con\u00e7ue comme un langage conventionnel institu\u00e9 par la monnaie, et non une grandeur naturelle pr\u00e9alable : cette approche institutionnelle de la valeur (qui se confond avec le prix au lieu de l\u2019expliquer en amont de l\u2019\u00e9change) s\u2019oppose aux conceptions dites substantielles d\u00e9velopp\u00e9es par les th\u00e9oriciens de la valeur travail ou utilit\u00e9. Un tel arrachement au fondement objectif de l\u2019\u00e9conomie ouvre alors la possibilit\u00e9 de la r\u00e9ins\u00e9rer dans une science sociale r\u00e9unifi\u00e9e, une unidisciplinarit\u00e9 dont Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon propose de trouver le langage commun dans les concepts spinozistes \u2013 voir Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, <em>La Soci\u00e9t\u00e9 des affects. Pour un structuralisme des passions<\/em>, Paris, Seuil, 2013. Andr\u00e9 Orl\u00e9an a d\u2019ailleurs traduit avec lui son mod\u00e8le de gen\u00e8se conceptuelle de la monnaie en termes spinozistes (Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon et Andr\u00e9 Orl\u00e9an, art. cit.).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Les auteurs s\u2019appuient notamment sur Georg Simmel, <em>Philosophie de l\u2019argent<\/em>, Paris, PUF, 1987 (1900), Chapitre II, p. 194 \u00e0 199.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, <em>La Soci\u00e9t\u00e9 des affects<\/em>, <em>op. cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Le suicide n\u2019est que l\u2019aboutissement le plus extr\u00eame de la violence li\u00e9e \u00e0 la dette : nombre d\u2019individus sont impact\u00e9s \u00e0 des degr\u00e9s divers dans leur sant\u00e9 mentale et physique (d\u00e9pression, anxi\u00e9t\u00e9, maux de dos, ob\u00e9sit\u00e9 \u2026). C\u2019est ce que mesurent par exemple les articles suivants : Peter Elliott, Thomas Richardson et Ronald Roberts, \u00ab The relationship between personal unsecured debt and mental and physical health: A systematic review and meta-analysis \u00bb, <em>Clinical Psychology Review<\/em>, vol. 33, n\u00b08, d\u00e9cembre 2013, p. 1148 \u00e0 1162 et Elina Turunen et Heikki Hiilamo, \u00ab Health effects of indebtedness: a systematic review \u00bb, <em>BMC Public Health<\/em>, 22 mai 2014.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Paul Bebbington, Traolach S. Brugha, Rachel Jenkins, Sally McManus, Howard Meltzer, Michael S. Dennis<em>, <\/em>\u00ab Personal debt and suicidal ideation \u00bb, <em>Psychological Medicine<\/em>, vol. 41, n\u00b04, avril 2011, p. 771 \u00e0 778. L\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 partir d\u2019entrevues men\u00e9es aupr\u00e8s d&#8217;un \u00e9chantillon al\u00e9atoire de 7461 r\u00e9pondants \u00e0 la troisi\u00e8me enqu\u00eate nationale sur la morbidit\u00e9 psychiatrique des adultes en Angleterre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> David Gunnell, William Hollingworth, Jeffrey G. Jarvik, Judi Kidger, Karen A. Overstreet, \u00ab The association between bankruptcy and hospital-presenting attempted suicide: a record linkage study \u00bb, <em>Suicide and Life-Threatening Behavior<\/em>, vol. 41, n\u00b06, d\u00e9cembre 2011, p. 676 \u00e0 684.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La monnaie Pour [les n\u00e9oclassiques], la monnaie n\u2019est pas absolument indispensable \u00e0 l\u2019ordre marchand\u00a0: le myst\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie marchande, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un ordre d\u00e9centralis\u00e9, s\u2019explique non&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/408"}],"collection":[{"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=408"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/408\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":413,"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/408\/revisions\/413"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=408"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}