{"id":564,"date":"2021-03-23T15:56:22","date_gmt":"2021-03-23T14:56:22","guid":{"rendered":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/?p=564"},"modified":"2021-03-23T16:01:48","modified_gmt":"2021-03-23T15:01:48","slug":"echanges-avec-jezabel-couppey-soubeyran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/2021\/03\/23\/echanges-avec-jezabel-couppey-soubeyran\/","title":{"rendered":"Echanges avec J\u00e9zabel Couppey-Soubeyran"},"content":{"rendered":"\n<p><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Voici la version \u00e9crite de l&#8217;intervention et des questions pos\u00e9es par J\u00e9zabel Couppey-Soubeyran pendant la soutenance, publi\u00e9e avec son aimable autorisation. J&#8217;ai mis mes r\u00e9ponses en italique bleu dans le corps du texte.<\/span><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&#8220;<strong>Th\u00e8se d\u2019Augustin Sersiron&nbsp;: Recherches sur les contradictions de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Th\u00e8se visionnaire<\/strong>, qui place au c\u0153ur de la r\u00e9flexion la crise de la monnaie-dette, qui est celle que nous sommes en train de traverser conceptuellement avec la crise sanitaire, mais qui \u00e9tait beaucoup moins visible lorsque cette th\u00e8se \u00e9tait en gestation. C\u2019est donc conceptuellement puissant d\u2019avoir fait porter l\u2019analyse sur les contradictions de la monnaie-dette et le d\u00e9sencastrement possible de la monnaie vis-\u00e0-vis de la dette. Je rappelle que votre th\u00e8se d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que la monnaie est encastr\u00e9e dans la dette mais que la monnaie n\u2019est pas une dette, et qu\u2019elle peut \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de la dette. Et quoi qu\u2019en pensent ses nombreux d\u00e9tracteurs, la monnaie libre est d\u00e9j\u00e0 en gestation car comme vous le soulignez le QE est d\u00e9j\u00e0 une fa\u00e7on au fond de sortir de la logique de la dette&nbsp;: \u00ab&nbsp;la BC soutient les banques non pas en leur pr\u00eatant (donc en les endettant) mais en leur achetant des actifs&nbsp;\u00bb, et les taux n\u00e9gatifs une forme de monnaie gratuite donc de monnaie h\u00e9licopt\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans cette th\u00e8se une v\u00e9ritable investigation conceptuelle, une appr\u00e9hension syst\u00e9mique qui sont devenues rares dans notre discipline. Je crains m\u00eame que cette qualit\u00e9 soit per\u00e7ue comme un d\u00e9faut par l\u2019Acad\u00e9mie des \u00e9conomistes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est remarquablement bien \u00e9crit. Cela aussi risque d\u2019\u00eatre per\u00e7u comme un d\u00e9faut, tant la forme et la transmission du savoir sont m\u00e9pris\u00e9es dans notre discipline.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, je me suis r\u00e9gal\u00e9e en lisant cette th\u00e8se et j\u2019y reviendrai r\u00e9guli\u00e8rement. Je dois avouer un petit moment de d\u00e9ception, lorsque vous vous perdez un peu dans l\u2019analyse trop d\u00e9taill\u00e9e des PMNC. Je pense que cette partie de la th\u00e8se aurait pu \u00eatre r\u00e9duite au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une analyse plus approfondie de la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re et d\u2019une th\u00e9orie plus structur\u00e9e de la monnaie libre. Mais je crois sinc\u00e8rement que vous avez produit une analyse profonde et lumineuse qui contribuera au renouvellement de la th\u00e9orie mon\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">J\u2019ai jug\u00e9 que la Monnaie h\u00e9licopt\u00e8re \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9e par vous et par d\u2019autres auteurs et que ma contribution serait plus originale en amont, en se centrant sur l\u2019analyse des probl\u00e8mes de politique mon\u00e9taire qui constituent l\u2019arri\u00e8re-fond de ces propositions, par exemple en montrant, comme vous l\u2019avez d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9, que le QE ou les taux n\u00e9gatifs sont une premi\u00e8re rupture (tr\u00e8s partielle) avec l\u2019argent-dette, ce qui montre une forme de continuit\u00e9 inattendue avec les propositions (MH, annulation de la dette publique d\u00e9tenue par la BC, 100% monnaie\u2026) d\u00e9fendues par la suite qui radicalisent cette rupture en revendiquant explicitement une monnaie libre.<\/span><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en demeure pas moins bien entendu que j\u2019ai un certain nombre de questions \u00e0 vous poser, et parfois peut-\u00eatre des points de d\u00e9saccord.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous proposez \u00e0 la suite de Fisher (100% Money, 1935) un r\u00e9gime d\u2019\u00e9mission exog\u00e8ne, pour briser l\u2019encastrement de l\u2019institution mon\u00e9taire dans le march\u00e9 de la dette.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re question<\/strong> qui m\u2019est venue est celle que je me suis pos\u00e9e personnellement en travaillant sur la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re qui est une forme de monnaie libre&nbsp;: est-ce n\u00e9cessairement mettre fin \u00e0 l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 que de lib\u00e9rer la monnaie de la dette&nbsp;? Je n\u2019en suis pas si sure. Du moins cela d\u00e9pend de ce que l\u2019on met derri\u00e8re l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie. Vous associez directement l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie \u00e0 l\u2019\u00e9mission d\u2019une dette et la r\u00e9sumez par la c\u00e9l\u00e8bre formule&nbsp;: \u00ab&nbsp;les cr\u00e9dits font les d\u00e9p\u00f4ts&nbsp;\u00bb. Ne peut-on voir l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie d\u2019une mani\u00e8re plus large comme la r\u00e9ponse aux besoins exprim\u00e9s par la collectivit\u00e9. La demande de cr\u00e9dit est un mode d\u2019expression d\u00e9centralis\u00e9 de ces besoins. L\u2019identification de besoins par la puissance publique n\u2019est-il pas au fond qu\u2019un mode alternatif d\u2019expression centralis\u00e9e de ces besoins. Une mon\u00e9tisation sans contrepartie des d\u00e9penses n\u00e9cessaires \u00e0 la satisfaction de ces besoins est-elle n\u00e9cessairement une \u00e9mission de monnaie exog\u00e8ne&nbsp;? J\u2019ai du mal \u00e0 m\u2019en convaincre.<\/p>\n\n\n\n<p><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Le terme endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est polys\u00e9mique, son sens variant d\u2019un auteur \u00e0 un autre&nbsp;: c\u2019est pourquoi j\u2019ai pr\u00e9cis\u00e9 au Chapitre 2 la d\u00e9finition que je retenais, \u00e0 savoir l\u2019encastrement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire dans le march\u00e9 du cr\u00e9dit. En ce sens tr\u00e8s pr\u00e9cis, la monnaie n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 endog\u00e8ne de mani\u00e8re transhistorique quelle que soit sa forme. Apr\u00e8s on peut admettre que la monnaie doit toujours r\u00e9pondre aux besoins d\u2019une communaut\u00e9 mon\u00e9taire, et red\u00e9finir ainsi la notion d\u2019endogon\u00e9it\u00e9, mais je pense qu\u2019on risque alors de diluer le concept et de ne plus avoir de terme synth\u00e9tique pour viser l\u2019enjeu tr\u00e8s pr\u00e9cis de l\u2019encastrement de la monnaie dans le march\u00e9 de la dette. Quoi qu\u2019il en soit je trouve tr\u00e8s pertinente votre reformulation en termes de \u00ab&nbsp;mode d\u2019expression centralis\u00e9e (par une identification politique) ou d\u00e9centralis\u00e9e (par le march\u00e9 du cr\u00e9dit) des besoins de la collectivit\u00e9&nbsp;\u00bb, que je reprendrai \u00e0 mon compte&nbsp;!<\/span><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Vous dites \u00e0 propos de la quantit\u00e9 de monnaie en circulation qu\u2019elle est le produit de la rencontre entre une offre exog\u00e8ne de base mon\u00e9taire par la Banque centrale (qui a de fait le pouvoir de restreindre la cr\u00e9ation mon\u00e9taire des banques en cas de tensions inflationnistes) et une demande endog\u00e8ne de cr\u00e9dit par les agents \u00e9conomiques (qui porte le risque d\u2019\u00eatre insuffisante sans que la Banque centrale puisse rem\u00e9dier \u00e0 ce probl\u00e8me). Vous r\u00e9sumez cela par l\u2019aphorisme : \u00ab on peut tirer sur une ficelle [restreindre l\u2019offre de cr\u00e9dit], mais on ne peut pas pousser dessus [provoquer la demande de cr\u00e9dit] \u00bb. La monnaie pr\u00e9sente donc \u00e0 la fois un caract\u00e8re exog\u00e8ne et un caract\u00e8re endog\u00e8ne \u00bb. Je me demande si au fond, ce double caract\u00e8re endog\u00e8ne\/exog\u00e8ne n\u2019est pas plut\u00f4t \u00e0 la fois le fait de la monnaie des banques commerciales et de la monnaie de la banque centrale (base mon\u00e9taire)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>la monnaie des banques commerciales est le r\u00e9sultat d\u2019une rencontre entre une offre exog\u00e8ne de cr\u00e9dit des banques commerciales et une demande endog\u00e8ne de cr\u00e9dits des clients des banques (qui est l\u2019expression de besoins d\u2019investissement)<\/li><li>la monnaie des banques centrales est le r\u00e9sultat d\u2019une rencontre entre une offre exog\u00e8ne de liquidit\u00e9s des banques centrales et une demande endog\u00e8ne de liquidit\u00e9 des banques (qui est l\u2019expression translat\u00e9e des besoins de leurs clients)<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Tout \u00e0 fait, c\u2019est ce que j\u2019ai tent\u00e9 de dire. La cr\u00e9ation mon\u00e9taire peut toujours \u00eatre restreinte en th\u00e9orie par les banques commerciales ou par la Banque centrale pour diverses raisons, de sorte qu\u2019elle n\u2019est pas uniquement d\u00e9termin\u00e9e par la demande, ne nait pas seulement de la demande de cr\u00e9dits&nbsp;: c\u2019est une ambigu\u00eft\u00e9 qui existe dans le terme endog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui est parfois employ\u00e9 pour caract\u00e9riser une monnaie enti\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9e par la demande, et c\u2019est pourquoi j\u2019ai red\u00e9fini le terme&nbsp;: pour moi, endog\u00e8ne ne signifie pas que la quantit\u00e9 de monnaie en circulation est d\u00e9termin\u00e9e par la seule demande, mais que la monnaie est produite sur le march\u00e9 du cr\u00e9dit comme une marchandise par la rencontre d\u2019une offre et d\u2019une demande, pr\u00e9cis\u00e9ment (ce qui n\u2019est pas contraire \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie du mot, signifiant litt\u00e9ralement qui \u00ab nait de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9conomie, comme une production marchande donc).<\/span><\/em><\/li><li>D\u00e9sencastrer la monnaie de la dette revient non pas \u00e0 supprimer l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie, car dans tous les cas que la monnaie soit cr\u00e9\u00e9e avec ou sans contrepartie elle doit r\u00e9pondre \u00e0 un besoin, mais \u00e0 d\u00e9marchandiser la monnaie. L\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 n\u2019est-elle pas simplement le fait de r\u00e9pondre \u00e0 un besoin&nbsp;: que ce besoin soit exprim\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9centralis\u00e9e par la demande de cr\u00e9dits bancaires pour r\u00e9aliser des d\u00e9penses dont les individus estiment avoir besoin, ou qu\u2019il soit exprim\u00e9 de mani\u00e8re centralis\u00e9e par l\u2019expression d\u2019un besoin de d\u00e9pense n\u00e9cessaire \u00e0 la collectivit\u00e9&nbsp;?<\/li><li>C\u2019est ce qui me laisse penser que la nature exog\u00e8ne ou endog\u00e8ne de la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re ou de mon\u00e9tisation des d\u00e9penses publiques par la banque centrale n\u2019est pas si simple \u00e0 trancher.<\/li><li>L\u2019\u00ab encastrement de la monnaie dans la dette&nbsp;\u00bb a plus \u00e0 voir me semble-t-il avec sa marchandisation qui la rend payante et y associe une contrepartie qu\u2019avec son endog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Lib\u00e9rer la monnaie de la dette consiste \u00e0 la cr\u00e9er sans contrepartie, et donc en dehors d\u2019un rapport marchand mais toujours en r\u00e9ponse \u00e0 un besoin exprim\u00e9 par la collectivit\u00e9.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">J\u2019ai d\u00e9fini l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 comme l\u2019encastrement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire dans le march\u00e9 du cr\u00e9dit&nbsp;: il y a donc deux dimensions distinctes qui s\u2019entrem\u00ealent dans notre mode actuel d\u2019\u00e9mission, l\u2019encastrement dans la dette, et l\u2019encastrement dans le march\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9. Les deux sont effectivement li\u00e9s dans le syst\u00e8me actuel, mais ne se confondent pas, car on peut rompre avec l\u2019un sans rompre avec l\u2019autre&nbsp;: une monnaie enti\u00e8rement cr\u00e9\u00e9e par l\u2019Etat pour l\u2019Etat sous forme de pr\u00eats de la Banque centrale au Tr\u00e9sor sortirait la cr\u00e9ation mon\u00e9taire du march\u00e9 du cr\u00e9dit, mais pas du rapport d\u2019endettement&nbsp;; inversement, une monnaie-marchandise, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9mise en contrepartie d\u2019une quantit\u00e9 de marchandise (typiquement, de l\u2019or ou de l\u2019argent dans un r\u00e9gime d\u2019\u00e9talon m\u00e9tallique) rompt avec la dette (aucune dette n\u2019est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9mission) mais pas avec la marchandisation. En pratique, je pr\u00f4ne une monnaie cr\u00e9\u00e9e en dehors du march\u00e9 et de la dette, ce que je nomme monnaie exog\u00e8ne (m\u00eame si elle devra toujours r\u00e9pondre aux besoins \u00e9conomiques exprim\u00e9s par la collectivit\u00e9&nbsp;: le but est m\u00eame d\u2019y r\u00e9pondre mieux par ce que vous appelez un \u00ab&nbsp;mode d\u2019expression centralis\u00e9e&nbsp;\u00bb des besoins sociaux identifi\u00e9s selon des crit\u00e8res politiques).<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>Et ce d\u00e9sencastrement a \u00e9galement une incidence sur la dur\u00e9e de vie de la monnaie. Car la monnaie libre de dette pourrait en effet avoir une dur\u00e9e de vie infinie, mais au fond rien n\u2019emp\u00eacherait non plus de fixer sa dur\u00e9e de vie en la rendant fondante.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">En effet, j\u2019ai parl\u00e9 de monnaie chrono-limit\u00e9e dans le cas de l\u2019argent-dette (car le remboursement vaut destruction mon\u00e9taire), l\u00e0 o\u00f9 une monnaie libre de dette pourrait circuler ind\u00e9finiment, mais rien n\u2019emp\u00eache de cr\u00e9er une monnaie fondante, par exemple par des frais de tenue de compte factur\u00e9s par les banques aux d\u00e9posants, et par la Banque centrale aux banques (ce qui est d\u00e9j\u00e0 le cas aujourd\u2019hui via le taux de r\u00e9mun\u00e9ration n\u00e9gatif des d\u00e9p\u00f4ts des banques \u00e0 la Banque centrale), pour inciter les agents \u00e0 la d\u00e9pense. Personnellement, je pense que cet outil a ses limites&nbsp;: <\/span><a><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">le besoin d\u2019\u00e9pargne de s\u00e9curit\u00e9 est r\u00e9el et l\u00e9gitime dans le monde actuel, marqu\u00e9 par une grande incertitude \u00e9conomique, et des exp\u00e9riences comme celle de la \u00ab&nbsp;Great Capitol Hill Baby Sitting Co-op Crisis&nbsp;\u00bb (Joan et Richard James Sweeney, 1977), illustre le fait qu\u2019un surplus d\u2019\u00e9mission peut suffire \u00e0 restaurer la confiance et relancer la d\u00e9pense non pas en luttant contre l\u2019\u00e9pargne mais en permettant \u00e0 chacun d\u2019en conserver suffisamment&#8230; \u00e0 condition que les nouvelles encaisses cr\u00e9\u00e9es aillent bien aux m\u00e9nages et aux entreprises plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre syst\u00e9matiquement d\u00e9tourn\u00e9es vers la sph\u00e8re financi\u00e8re comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui. L\u2019h\u00e9licopt\u00e8re mon\u00e9taire (au sens large&nbsp;: \u00e0 destination des m\u00e9nages et des entreprises) doit permettre de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, mais si cela ne suffit pas \u00e0 relancer la consommation (par allocation universelle) ou l\u2019investissement (par subvention), c\u2019est la relance budg\u00e9taire qui devrait alors selon moi r\u00e9amorcer la pompe plut\u00f4t qu\u2019une monnaie fondante. <\/span><\/a><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">L\u2019exp\u00e9rience a montr\u00e9, dans le cas de la monnaie centrale, que taxer les d\u00e9p\u00f4ts des banques commerciales a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9roder leur rentabilit\u00e9 sans v\u00e9ritablement les inciter \u00e0 relancer le cr\u00e9dit \u00e0 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Plus fondamentalement, je pense que la confiance dans la monnaie repose sur la confiance dans une poursuite ind\u00e9finie des \u00e9changes marchands (contrairement \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une monnaie \u00e9mise pour un cycle d\u2019\u00e9change fini par certains auteurs, comme Carlo Benetti et Jean Cartelier ou les circuitistes), et la permanence de l\u2019institution mon\u00e9taire, ce qui est quelque peu contradictoire avec l\u2019id\u00e9e de monnaie fondante. Vouloir d\u00e9truire p\u00e9riodiquement la monnaie pour qu\u2019elle soit d\u00e9pens\u00e9e, c\u2019est miser sur des affects tristes (la peur de voir la monnaie disparaitre avant d\u2019\u00eatre d\u00e9pens\u00e9e) plut\u00f4t que des affects joyeux (le d\u00e9sir de consommation, la confiance dans la demande future n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation des investissements, etc.) or je pense que l\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre affaire de satisfaction des besoins sociaux fondamentaux, et que son moteur doit \u00eatre le d\u00e9sir m\u00fb par des affects joyeux (pas n\u00e9cessairement consum\u00e9ristes&nbsp;: \u00e7a peut \u00eatre un d\u00e9sir de culture, d\u2019un syst\u00e8me de sant\u00e9 fiable, de protection de l\u2019environnement, etc.) dans un contexte de confiance, plut\u00f4t que la contrainte, la peur, la menace\u2026 la monnaie fondante m\u2019\u00e9voque un peu l\u2019id\u00e9e d\u2019obliger l\u2019\u00e9conomie \u00e0 tourner co\u00fbte que co\u00fbte et sans but r\u00e9el par la menace de la privation plut\u00f4t que de partir d\u2019un d\u00e9sir d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, en misant sur l\u2019identification des d\u00e9sirs sociaux l\u00e9gitimes et leur solvabilisation par cr\u00e9ation mon\u00e9taire.<\/span><\/em><\/li><li>Tout cela en revanche ne remet pas en question l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie dette que vous expliquez bien. Mais la monnaie libre promettrait-elle une stabilit\u00e9 plus grande&nbsp;? Tout d\u00e9pendrait de sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre au besoin de la collectivit\u00e9.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Sur ce point je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord. Comme je l\u2019\u00e9cris en fin de th\u00e8se, il y a une double question&nbsp;: que l\u2019institution d\u2019\u00e9mission cr\u00e9e le montant global de monnaie n\u00e9cessaire au plein-emploi, mais aussi que des canaux de distribution fine des encaisses permettent l\u2019allocation des fonds au plus pr\u00e8s des besoins r\u00e9els de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9. Ce deuxi\u00e8me point n\u2019est pas \u00e0 n\u00e9gliger&nbsp;: outre le risque de bureaucratisation, confier cette fonction d\u2019allocation de la monnaie (pour les fonds issus de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire nette de la p\u00e9riode, pas pour toute l\u2019\u00e9pargne de l\u2019\u00e9conomie bien s\u00fbr&nbsp;!) \u00e0 des structures publiques (des Caisses d\u00e9partementales de subvention aux investissements strat\u00e9giques par exemple) n\u2019\u00e9limine pas le risque que la monnaie cr\u00e9\u00e9e soit affect\u00e9e \u00e0 des d\u00e9penses inutiles (sp\u00e9culation, gaspillage, consum\u00e9risme porteur de fortes externalit\u00e9s n\u00e9gatives, etc.) ou vienne nourrir l\u2019\u00e9pargne plut\u00f4t que la demande. Ga\u00ebl Giraud a d\u2019ailleurs \u00e9voqu\u00e9 pendant la soutenance ses doutes profonds sur la capacit\u00e9 de notre haute fonction publique \u00e0 op\u00e9rer une allocation pertinente des encaisses cr\u00e9\u00e9es en dehors du march\u00e9 du cr\u00e9dit pour r\u00e9pondre aux besoins de la reconstruction \u00e9cologique et sociale, mais il admet que le march\u00e9 ne fait certainement pas mieux&nbsp;! Il y a l\u00e0 un enjeu de formation, et de d\u00e9mocratisation de la gouvernance des structures publiques d\u2019allocation des nouvelles encaisses, pour inclure toutes les parties prenantes.<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Je voudrais justement revenir sur <strong>l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Vous expliquez que contrairement \u00e0 ce que soutiennent les th\u00e9oriciens de la monnaie endog\u00e8ne, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire n\u2019a pas de raison de s\u2019ajuster spontan\u00e9ment aux besoins du commerce de mani\u00e8re endog\u00e8ne. Je partage ce point et peut-\u00eatre auriez-vous pu souligner davantage qu\u2019une raison de cela est que le cr\u00e9dit \u00e0 la source de la cr\u00e9ation de monnaie par les banques commerciales n\u2019est pas qu\u2019un cr\u00e9dit \u00e0 la production et l\u2019a \u00e9t\u00e9 de moins en moins au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. C\u2019est aussi du cr\u00e9dit immobilier, du cr\u00e9dit \u00e0 la consommation. Ce n\u2019est en outre pas non plus que du cr\u00e9dit, ce sont aussi des achats de titres pas seulement sur le march\u00e9 primaire l\u00e0 o\u00f9 les besoins de financement s\u2019expriment mais sur les march\u00e9s secondaires l\u00e0 o\u00f9 les rachats\/ventes de titres ne contribuent de mani\u00e8re tr\u00e8s diffuse au financement de l\u2019\u00e9conomie (peut-\u00eatre en am\u00e9liorant la liquidit\u00e9 du march\u00e9 mais cette liquidit\u00e9 peut-\u00eatre aussi le ferment de l\u2019instabilit\u00e9).<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord. J\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 ce point dans la th\u00e8se (par exemple p.\u00a0131) et j\u2019ai d\u00fb supprimer pour des raisons de longueurs de plus longs d\u00e9veloppements sur ce point central, qui constitue \u00e0 mes yeux une faiblesse importante des approches circuitistes ou de nombreux postkeyn\u00e9siens\u00a0: focaliser uniquement sur le motif de finance dans la cr\u00e9ation mon\u00e9taire, en occultant les autres motifs, et faire du cr\u00e9dit aux entreprises destin\u00e9 \u00e0 financer la production la source exclusive de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Cela exclut les autres acteurs\u00a0que l\u2019on tient pourtant classiquement comme des sources de cr\u00e9ation mon\u00e9taire\u00a0: les administrations publiques (achat de titres souverains) et les m\u00e9nages (cr\u00e9dit immobilier, cr\u00e9dit \u00e0 la consommation, cr\u00e9dit \u00e9tudiant\u00a0: cela peut certes financer indirectement la production, mais cela finance aussi bien l\u2019achat de logements anciens dont le cours ne cesse de grimper en formant une bulle immobili\u00e8re, de v\u00e9hicules d\u2019occasion qui n\u2019augmentent pas la valeur ajout\u00e9e, ou des dipl\u00f4mes universitaires sur\u00e9valu\u00e9s qui font aussi l\u2019objet d\u2019une bulle). De plus, m\u00eame les pr\u00eats aux entreprises ne financent pas toujours la production\u00a0: comme vous le dites, l\u2019achat de titres financiers sur le march\u00e9 secondaire (soit l\u2019essentiel des transactions financi\u00e8res) ne produit aucune entr\u00e9e d\u2019argent dans l\u2019entreprise, et m\u00eame le cr\u00e9dit aux entreprises finance de plus en plus des rachats massifs de leurs propres actions (buybacks) qui gonflent les cours de bourses sans qu\u2019un euro aille \u00e0 l\u2019investissement productif. Ce sont tous ces m\u00e9canismes qui d\u00e9tournent la cr\u00e9ation mon\u00e9taire de la demande adress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle et cr\u00e9e des d\u00e9s\u00e9quilibres, nourrissant des bulles sur les march\u00e9s financiers, et des tensions d\u00e9flationnistes provoquant du ch\u00f4mage dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle.<\/span><\/em><\/li><li>Cela signifie aussi que la monnaie demand\u00e9e peut ne pas circuler au bon endroit. Il faut je crois s\u2019int\u00e9resser davantage \u00e0 <strong>la circulation et \u00e0 la destination de la monnaie<\/strong>. La financiarisation de l\u2019\u00e9conomie d\u00e9forme la circulation de la monnaie.\u00a0 La monnaie circule plus et plus vite dans la sph\u00e8re financi\u00e8re, qui l\u2019aspire. Le \u00ab\u00a0d\u00e9sir ma\u00eetre\u00a0\u00bb (notion de F. Lordon que vous mobilisez p174\u00a0: \u00ab\u00a0le d\u00e9sir de monnaie ne conna\u00eet pas de saturation spontan\u00e9e\u00a0\u00bb) est d\u00e9cupl\u00e9 dans la sph\u00e8re financi\u00e8re.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord. J\u2019ai moins insist\u00e9 sur la finance en tant que telle dans ma th\u00e8se, puisque cette source d\u2019instabilit\u00e9 est bien plus \u00e9tudi\u00e9e que la monnaie endog\u00e8ne elle-m\u00eame, mais elle constitue un probl\u00e8me essentiel, \u00e0 r\u00e9soudre par un retour \u00e0 une r\u00e8glementation tr\u00e8s forte. J\u2019ai aussi not\u00e9 que l\u2019\u00e9mission de la monnaie en dehors du march\u00e9 du cr\u00e9dit diminuerait le volume total d\u2019endettement dans l\u2019\u00e9conomie, or la dette constitue le substrat sur lequel se fonde l\u2019essentiel de la finance de march\u00e9 (avec bien s\u00fbr aussi les actions et les produits li\u00e9s aux changes et \u00e0 l\u2019assurance)\u00a0: d\u00e9sencastrer la cr\u00e9ation mon\u00e9taire du march\u00e9 du cr\u00e9dit d\u00e9gonflerait donc la sph\u00e8re financi\u00e8re.<\/span><\/em><\/li><li>C\u2019est sans doute l\u2019absence d\u2019inflation qui va faire exploser l\u2019argent-dette, car historiquement comme vous le montrez l\u2019inflation a servir de r\u00e9gulateur de la dette. Ce n\u2019est plus le cas en r\u00e9gime d\u2019\u00e9conomie financiaris\u00e9e. L\u2019augmentation de la masse mon\u00e9taire ne fait plus augmenter le prix des biens et services mais celui des actifs immobiliers et financiers (dans une \u00e9conomie financiaris\u00e9e, l\u2019\u00e9quation des \u00e9changes est \u00e0 consid\u00e9rer entre les variations de la masse mon\u00e9taire et les variations de prix incluant ceux des actifs immobiliers et financiers). Et cette augmentation des prix d\u2019actif, loin d\u2019avoir un effet r\u00e9gulateur sur la dette, contribue au contraire \u00e0 son expansion explosive.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Tout \u00e0 fait, \u00e0 cause de l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur financier (mentionn\u00e9 p.\u00a0192-193)\u00a0: la cr\u00e9ation mon\u00e9taire alimente une bulle qui augmente la valeur des collat\u00e9raux pr\u00e9sent\u00e9s par les emprunteurs aux banques\u2026 ce qui l\u00e9gitime encore plus de cr\u00e9dit, donc de cr\u00e9ation mon\u00e9taire, dans un cycle autoentretenu, et susceptible de s\u2019inverser en cercle vicieux tr\u00e8s brutalement si les cours s\u2019effondrent, ce qui oblige les Banques centrales \u00e0 sauver perp\u00e9tuellement la finance pour \u00e9viter l\u2019effondrement du syst\u00e8me bancaire, le credit crunch et son cort\u00e8ge de faillites en s\u00e9ries. J\u2019avais pr\u00e9vu un d\u00e9veloppement sur l\u2019\u00e9quation des \u00e9changes MV = PT en montrant que si on inclut les actifs sp\u00e9culatifs, la th\u00e9orie quantitative de la monnaie (tr\u00e8s contestable par ailleurs) est fauss\u00e9e par un nouveau m\u00e9canisme\u00a0: dans un syst\u00e8me d\u2019argent-dette un actif et un passif sont simultan\u00e9ment cr\u00e9\u00e9s dans le bilan de la banque, puisque l\u2019augmentation de M se fait par octroi de cr\u00e9dit (susceptible d\u2019\u00eatre titris\u00e9 donc \u00e9chang\u00e9 comme un actif financier) ou par achat de titre par les banques, ce qui fait que T peut augmenter en m\u00eame temps que M, absorbant une partie de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire sans augmentation des prix mais par une inflation du volume de marchandises (ici, de titres) dans la sph\u00e8re financi\u00e8re. Mais comme le m\u00eame m\u00e9canisme peut nourrir l\u2019achat d\u2019actifs pr\u00e9existants (action ou obligation sur le march\u00e9 secondaire, immobilier ancien, etc.) la cr\u00e9ation mon\u00e9taire peut nourrir une augmentation des prix sur ces march\u00e9s\u00a0: les bulles sp\u00e9culatives sont une inflation localis\u00e9e sur les march\u00e9s financiers et financiaris\u00e9s (immobilier, mati\u00e8res premi\u00e8res, dipl\u00f4mes, \u0153uvres d\u2019art\u2026) qui laisse intacts les prix de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, ou plut\u00f4t provoque de la d\u00e9flation \u00e0 force de d\u00e9tourner l\u2019argent vers les march\u00e9s sp\u00e9culatifs. L\u2019inflation n\u2019\u00e9tant plus l\u00e0 pour all\u00e9ger le poids r\u00e9el des dettes, et l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur financier entretenant la dynamique d\u2019endettement sp\u00e9culatif, la monnaie endog\u00e8ne nourrit un d\u00e9s\u00e9quilibre croissant entre les sph\u00e8res r\u00e9elles et financi\u00e8res, et rend le fardeau d\u2019endettement de moins en moins soutenable, obligeant les Banques centrales \u00e0 aller toujours plus loin dans leurs politiques non conventionnelles, se d\u00e9battant dans les contradictions de l\u2019argent-dette\u00a0: elles ne parviennent pas \u00e0 relancer la demande globale dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, et sauvent le syst\u00e8me financier tout en cr\u00e9ant les conditions de la prochaine crise.<\/span><\/em><\/li><li>L\u2019instabilit\u00e9 de la masse mon\u00e9taire est-elle due \u00e0 l\u2019origine de la monnaie (sa nature endog\u00e8ne) ou \u00e0 sa destination (la sph\u00e8re financi\u00e8re en aspire une part plus grande que l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle)\u00a0? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9termine assez grandement la pertinence ou non du 100% money que vous d\u00e9fendez. Dans un syst\u00e8me de monnaie 100% exog\u00e8ne (au sens de fix\u00e9e par les pouvoirs publics ou la banque centrale ou une entit\u00e9 publique d\u00e9mocratique <em>ad hoc<\/em>), qu\u2019est-ce qui garantit que l\u2019offre de monnaie soit bien ajust\u00e9e \u00e0 la demande de monnaie\u00a0? La \u00ab\u00a0monnaie exog\u00e8ne\u00a0\u00bb (ou plut\u00f4t monnaie libre de dette) n\u2019aurait-elle pas sa part d\u2019instabilit\u00e9\u00a0? Ne vaudrait-il pas mieux la r\u00e9server \u00e0 des besoins clairement identifi\u00e9s\u00a0comme les d\u00e9penses de gestion de la crise sanitaire par exemple, ceux de l\u2019investissement public dans la transition \u00e9cologique\u00a0?<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">La question de la destination de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire est essentielle, mais elle est en fait tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 celle de son origine\u00a0: l\u2019une d\u00e9termine l\u2019autre. En effet, dans le syst\u00e8me d\u2019argent-dette, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire mon\u00e9tise le capital, donc oriente n\u00e9cessairement les encaisses cr\u00e9\u00e9es vers les activit\u00e9s les plus rentables financi\u00e8rement, au premier plan desquels se trouvent les activit\u00e9s sp\u00e9culatives. Inversement, si la monnaie est cr\u00e9\u00e9e en dehors du march\u00e9 et du cr\u00e9dit, alors elle peut \u00eatre affect\u00e9e \u00e0 des besoins sociaux identifi\u00e9s selon des crit\u00e8res politiques. Dans le syst\u00e8me que je propose, ce sont ces crit\u00e8res et la gouvernance inclusive des Caisses de subvention aux investissements strat\u00e9giques qui garantissent que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire annuelle financera bien des besoins sociaux r\u00e9els (la reconstruction \u00e9cologique, sociale, sanitaire, etc.) et contribuera \u00e0 la stabilisation macro\u00e9conomique, le volume total de monnaie \u00e0 cr\u00e9er \u00e9tant justement fix\u00e9 par l\u2019institution d\u2019\u00e9mission selon des crit\u00e8res macro\u00e9conomiques d\u2019inspiration keyn\u00e9sienne, visant le plein-emploi. Ce n\u2019est pas un gage de stabilit\u00e9 parfaite (d\u2019autant que l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie est loin d\u2019\u00eatre la seule source d\u2019instabilit\u00e9\u00a0: la finance en est une, le libre-\u00e9change et les in\u00e9galit\u00e9s en sont aussi, l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la zone euro \u00e9galement, les al\u00e9as sanitaires, climatiques ou politiques tout autant, etc.) mais ce sera tout de m\u00eame un formidable levier de stabilisation, en \u00e9liminant une des principales causes des d\u00e9sordres \u00e9conomiques contemporains\u00a0: l\u2019encastrement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire dans le march\u00e9 de la dette.<\/span><\/em><\/li><li>L\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie est un facteur d\u2019instabilit\u00e9 parce que la monnaie endog\u00e8ne est embarqu\u00e9e dans le cycle de l\u2019endettement. Mais n\u2019est-ce pas aussi la <strong>monoculture mon\u00e9taire<\/strong> qui constitue un facteur cl\u00e9 de l\u2019instabilit\u00e9 syst\u00e9mique tant d\u2019un point de vue environnemental (dommages environnementaux et d\u00e9gradation de la biodiversit\u00e9) que sociale (in\u00e9galit\u00e9s)\u00a0? Quel est votre point de vue sur le d\u00e9veloppement des monnaies compl\u00e9mentaires. Auraient-elles une place dans votre syst\u00e8me mon\u00e9taire\u00a0? Je n\u2019en ai pas vraiment l\u2019impression car vous insistez sur \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une monnaie commune \u00e0 tous les agents \u00e9conomiques, permettant une mise en forme comptable homog\u00e8ne de la production de toutes les entreprises (et donc la circulation de cette production en dehors des entreprises dans l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 marchande), et par cons\u00e9quent la n\u00e9cessit\u00e9 que cette monnaie soit \u00e9mise par un tiers unique\u00a0\u00bb. La monoculture mon\u00e9taire vous semble-t-elle ind\u00e9passable\u00a0?<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Oui. Les monnaies compl\u00e9mentaires sont int\u00e9ressantes\u00a0: comme la monnaie fondante, les crypto-monnaies, le retour \u00e0 l\u2019\u00e9talon-or, etc., elles rencontrent un vif int\u00e9r\u00eat dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, alimentant beaucoup d\u2019espoirs voire de fantasmes sur Internet, car les citoyens, sans \u00eatre experts, sentent bien que l\u2019\u00e9conomie dysfonctionne durablement et que la monnaie a beaucoup \u00e0 voir avec les d\u00e9sordres \u00e9conomiques qui cr\u00e9ent des injustices sociales croissantes depuis plusieurs d\u00e9cennies, des in\u00e9galit\u00e9s insoutenables, des d\u00e9g\u00e2ts sociaux et environnementaux majeurs, etc. Les monnaies locales type WIR peuvent contribuer \u00e0 absorber les chocs d\u00e9flationnistes en prenant le relai de la monnaie commune en cas de crise, de manque de liquidit\u00e9s disponibles pour l\u2019investissement ou la consommation, et cela favorise peut-\u00eatre les circuits courts et la consommation locale, mais les probl\u00e8mes actuels sont d\u2019ordre macro\u00e9conomique\u00a0: \u00e7a va mal partout, on manque d\u2019argent partout, dans tous les secteurs (industrie, sant\u00e9, \u00e9ducation, culture, patrimoine, justice, police, arm\u00e9e, environnement, etc.) et dans toutes les r\u00e9gions, \u00e0 cause du cadre institutionnel structurellement d\u00e9ficient qui est le n\u00f4tre\u00a0: monnaie endog\u00e8ne, finance d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e, libre-\u00e9change, etc. Le local n\u2019est pas la bonne \u00e9chelle de r\u00e9solution de ces probl\u00e8mes\u00a0: le repli sur le local exprime \u00e0 mon sens un \u00e9miettement de la puissance souveraine, du sentiment national, de la capacit\u00e9 \u00e0 agir politiquement en commun \u00e0 l\u2019\u00e9chelle collective pertinente. En mati\u00e8re mon\u00e9taire, Andr\u00e9 Orl\u00e9an et Michel Aglietta ont bien montr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une monnaie souveraine, de la polarisation du d\u00e9sir mim\u00e9tique sur un seul objet mon\u00e9taire qui s\u2019impose \u00e0 tous comme unit\u00e9 de compte et comme liquidit\u00e9 ultime, sans lesquelles il n\u2019y a pas de communaut\u00e9 marchande. Sans communaut\u00e9 mon\u00e9taire, pas d\u2019\u00e9change marchand. Les monnaies compl\u00e9mentaires rel\u00e8vent d\u2019un processus de fragmentation mon\u00e9taire qui proc\u00e8de de l\u2019affaiblissement de l\u2019institution centrale (tout comme le retour aux monnaies nationales, avec un euro monnaie commune mais non plus monnaie unique, proc\u00e8derait de l\u2019\u00e9chec de cette institution). Les monnaies locales ne sont pas nocives en elles-m\u00eames, mais leur r\u00f4le est accessoire\u00a0: elles ne feront pas de miracle, et risquent de nous d\u00e9tourner des vrais enjeux. Surtout si leur mode d\u2019\u00e9mission ne rompt pas avec l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00a0!<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Quelques questions \u00e0 propos de la MH et du 100% money&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Vous \u00e9tablissez une sorte de continuum entre la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re et le 100% money&nbsp;<\/strong>: pour vous le 100% money consiste \u00e0 rendre structurelle la pratique conjoncturelle de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re money par la mise en place d\u2019une monnaie enti\u00e8rement exog\u00e8ne. MH = \u00ab&nbsp;une rupture partielle et ponctuelle avec le r\u00e9gime de monnaie endog\u00e8ne&nbsp;\u00bb. 100% monnaie = rupture compl\u00e8te \u00ab&nbsp;La cr\u00e9ation mon\u00e9taire se ferait en dehors du march\u00e9 et en dehors de tout rapport d\u2019endettement.&nbsp;\u00bb. Pas s\u00fbr&nbsp;!<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Techniquement, le terme \u00ab&nbsp;100%&nbsp;\u00bb renvoie \u00e0 la couverture int\u00e9grale des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue par des r\u00e9serves enti\u00e8res (et non plus fractionnaires) de monnaie centrale dans les compte des banques de second rang \u00e0 la Banque centrale&nbsp;: cela ne dit rien du mode d\u2019\u00e9mission, qui pourrait en effet rester encastr\u00e9 dans la dette (par exemple si la monnaie n\u2019est plus \u00e9mise que par des pr\u00eats de la Banque centrale \u00e0 l\u2019Etat) voire dans le march\u00e9 de la dette (si la cr\u00e9ation mon\u00e9taire passe toujours par le march\u00e9 du cr\u00e9dit ou l\u2019achat des titres financiers et que la banque se refinance \u00e0 100% aupr\u00e8s de la Banque centrale). Dans ce cas, cette r\u00e9forme aurait pour seul int\u00e9r\u00eat d\u2019\u00e9viter les ru\u00e9es bancaires, de prot\u00e9ger les d\u00e9p\u00f4ts des citoyens contre le risque de faillite syst\u00e9mique (prise d\u2019otage qui permet aux banques tous les chantages comme le pointe Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon). Mais si ces avantages sont les premiers list\u00e9s par l\u2019auteur, ce ne sont pas les principaux \u00e0 ces yeux&nbsp;: l\u2019essentiel est pour lui de supprimer les cycles et crises du cr\u00e9dit alimentant une sur- ou sous-\u00e9mission mon\u00e9taire, et les surchauffes et d\u00e9pressions qui en r\u00e9sultent. Fisher va donc plus loin qu\u2019une simple r\u00e9forme prudentielle garantissant la solidit\u00e9 des d\u00e9p\u00f4ts bancaires&nbsp;: dans son texte, le passage \u00e0 une couverture int\u00e9grale, puis l\u2019\u00e9mission de nouvelles encaisses tous les ans, permet aux autorit\u00e9s mon\u00e9taires de racheter et d\u2019annuler la dette publique, donc de d\u00e9sendetter l\u2019Etat, voire, une fois que toute la dette publique a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e, de financer un surcroit de d\u00e9pense publique sans surcroit d\u2019imp\u00f4t, cr\u00e9ant une nouvelle recette pour l\u2019Etat qui pourrait m\u00eame \u00e0 terme se substituer enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019imp\u00f4t (m\u00eame si Fisher ne mentionne cela qu\u2019\u00e0 titre hypoth\u00e9tique, pour montrer que son mod\u00e8le ne souffre th\u00e9oriquement d\u2019aucune limite quantitative). Pour ma part, j\u2019imagine l\u2019effacement d\u2019un montant de dette publique \u00e9gale \u00e0 M1, soit la moiti\u00e9 de la dette publique (cf. p.&nbsp;391), lors du passage \u00e0 une couverture int\u00e9grale, puis la mise en circulation de nouvelles encaisses en dehors de toute dette, mais sans passer par le budget de l\u2019Etat afin que celui-ci ne soit pas d\u00e9pendant de ces flux qui varient selon la conjoncture&nbsp;: la mise en circulation de nouvelles encaisses se ferait soit par allocation universelle aux m\u00e9nages si l\u2019on veut relancer la consommation, soit par des subventions aux investissements strat\u00e9giques, qu\u2019ils soient publics ou priv\u00e9s, s\u2019il faut relancer l\u2019investissement. Dans tous les cas, on d\u00e9sencastre bien la cr\u00e9ation mon\u00e9taire du march\u00e9 et de la dette, m\u00eame si un march\u00e9 de la dette demeure pour l\u2019allocation de l\u2019\u00e9pargne (en dehors de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire). Or c\u2019est ce que fait la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re, mais de mani\u00e8re partielle&nbsp;: il y a donc \u00e0 la fait continuit\u00e9 entre MH et 100% money, mais aussi rupture car le second projet n\u2019est pas un outil de r\u00e9gulation suppl\u00e9mentaire dans un syst\u00e8me aux structures inchang\u00e9es, mais bien un changement total du mode d\u2019\u00e9mission.<\/span><\/em><\/li><li>Je trouve dommage que vous n\u2019ayez pas approfondi l\u2019analyse de la MH. Quelques approximations \/ MH&nbsp;: les ch\u00e8ques vers\u00e9s aux m\u00e9nages US en mai 2020 ne sont pas de la MH mais ont \u00e9t\u00e9 financ\u00e9s sur le budget de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral. Beaucoup de travaux sur la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re auraient pu \u00eatre exploit\u00e9s. Vous perdez un peu de place et de force \u00e0 partir de la page 300 et suivantes, en d\u00e9taillant l\u2019analyse des PMNC post 2008 puis face \u00e0 la crise sanitaire. L\u2019analyse est int\u00e9ressante (finance punk) mais n\u2019est plus aussi conceptuelle que dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents. Le chapitre VIII qui s\u2019annon\u00e7ait comme l\u2019aboutissement de la d\u00e9monstration ne tient pas compl\u00e8tement la promesse d\u2019une th\u00e9orie de la monnaie libre de dette.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les ch\u00e8ques aux m\u00e9nages aux USA sont en effet financ\u00e9s par le budget de l\u2019Etat et non par la BC, je l\u2019ai rappel\u00e9 p.&nbsp;384. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 rapide sur le dernier chapitre, consacr\u00e9 aux propositions normatives comme la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re, car j\u2019ai jug\u00e9 que cette solution \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e par de nombreux travaux, dont les v\u00f4tres, et que mon apport serait plus original en amont, en se centrant sur l\u2019analyse des conditions macro\u00e9conomiques qui ont rendu n\u00e9cessaires ce type de proposition, le r\u00f4le de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie dans l\u2019av\u00e8nement de ce que j\u2019ai appel\u00e9 la finance punk, le fait que les politiques mon\u00e9taires non conventionnelles sont prises dans des contradictions insurmontables, qu\u2019elles rompent d\u00e9j\u00e0 partiellement avec l\u2019encastrement de la monnaie dans la dette, etc.<\/span><\/em><\/li><li>Il y a toutefois des points int\u00e9ressants \/ MH que j\u2019aimerais souligner&nbsp;:<\/li><li>L\u2019HM ne vient pas rompre le rapport marchand mais le rapport d\u2019endettement. La contrepartie comptable dispara\u00eet mais la contrepartie marchande est bien l\u00e0. Il n\u2019y a donc pas \u00e0 craindre une inflation incontr\u00f4lable, ainsi que vous l\u2019expliquez bien.&nbsp; Sans doute l\u2019inflation remonterait-elle plus qu\u2019avec les rachats d\u2019actifs mais c\u2019est bien l\u00e0 l\u2019objectif et elle ne serait pas incontr\u00f4lable. Elle le serait d\u2019autant moins si la MH \u00e9tait \u00e0 la fois vers\u00e9e aux m\u00e9nages et aux entreprises. Vous n\u2019insistez pas sur ce point. Or c\u2019est important car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permettrait de faire de la MH un instrument de pilotage de l\u2019inflation.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">En effet, comme on associe souvent l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re mon\u00e9taire \u00e0 l\u2019allocation aux m\u00e9nages, je n\u2019ai pas d\u00e9velopp\u00e9 dans cette section la question des entreprises&nbsp;: c\u2019est surtout dans la section sur le 100% money que j\u2019ai abord\u00e9 en d\u00e9tail la question des subventions aux investissements, qui est effectivement d\u00e9cisive, que ce soit pour la r\u00e9gulation macro\u00e9conomique ou pour la reconversion \u00e9cologique et sociale de la production.<\/span><\/em><\/li><li>Int\u00e9ressant passage o\u00f9 vous expliquez que pour r\u00e9sister aux d\u00e9rapages possibles du \u00ab&nbsp;d\u00e9sir ma\u00eetre&nbsp;\u00bb dans un r\u00e9gime de monnaie gratuite&nbsp;: \u00ab&nbsp;une politique d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re mon\u00e9taire gagnerait sans doute \u00e0 \u00eatre men\u00e9e par une Banque centrale ind\u00e9pendante, dans le strict respect de ses objectifs de politique mon\u00e9taire (soit un crit\u00e8re macro\u00e9conomique, contrairement au d\u00e9sir individuel des agents) plut\u00f4t que par un pouvoir politique \u00e9lu, dans le cadre de la politique budg\u00e9taire&nbsp;\u00bb. C\u2019est bien ainsi me semble-t-il qu\u2019il faut se repr\u00e9senter la MH, comme un pur instrument de politique mon\u00e9taire.<\/li><li>Vous relevez qu\u2019un frein s\u00e9rieux \u00e0 la transmission de la politique mon\u00e9taire disparaitrait avec l\u2019argent gratuit, \u00e0 savoir la n\u00e9cessit\u00e9 qui pr\u00e9vaut en r\u00e9gime endog\u00e8ne d\u2019\u00eatre suffisamment confiant dans sa propre solvabilit\u00e9 future (et en persuader la banque) pour solliciter un cr\u00e9dit et acc\u00e9der aux liquidit\u00e9s. Je pense pour ma part que la MH fait mieux qu\u2019am\u00e9liorer la transmission de la PM, elle s\u2019affranchit de ces canaux. Cela \u00e9tant, faire dispara\u00eetre la condition de solvabilit\u00e9 future ne pose-t-il pas probl\u00e8me&nbsp;? Si je me fais l\u2019avocate du diable&nbsp;: n\u2019y a\u2013t-il pas un risque de zombification ou d\u2019essor d\u2019activit\u00e9s inutiles \u2026 Ce risque constitue une limite me semble-t-il \u00e0 l\u2019extension de la monnaie libre de dette. C\u2019est pour ma part une raison de ne pas y voir une alternative compl\u00e8te, mais un compl\u00e9ment de la monnaie-dette.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">En effet, la politique mon\u00e9taire s\u2019affranchirait enti\u00e8rement du canal du cr\u00e9dit pour transmettre ses effets \u00e0 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9el si l\u2019institution d\u2019\u00e9mission contr\u00f4lait directement la masse mon\u00e9taire cr\u00e9\u00e9e et l\u2019affectait en dehors du march\u00e9 du cr\u00e9dit (par l\u2019allocation universelle aux m\u00e9nages ou, en ce qui concerne les subventions aux investissements, par d\u2019autres canaux de distribution fine \u00e0 mettre en place&nbsp;: les Caisses dont j\u2019ai parl\u00e9). Il n\u2019y a donc plus aucune contrainte de solvabilit\u00e9 pour acc\u00e9der aux encaisses cr\u00e9\u00e9es&nbsp;: au contraire, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire solvabilise des d\u00e9penses non rentables, comme des investissements verts qui r\u00e9duisent les externalit\u00e9s n\u00e9gatives des m\u00e9nages, des entreprises ou des administrations publiques sur l\u2019environnement sans g\u00e9n\u00e9rer aucune recette mon\u00e9taire. Cela am\u00e8ne votre question sur le risque de zombification&nbsp;: une \u00e9conomie subventionn\u00e9e perdrait en efficacit\u00e9, ne tenant plus que par la manne d\u2019argent tomb\u00e9e du ciel plut\u00f4t que par la capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des recettes marchandes. Notons toutefois que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 largement le cas dans le syst\u00e8me actuel (12,5% d\u2019entreprises zombies dans l\u2019OCDE en septembre 2019 comme je le note p.&nbsp;342). La r\u00e9forme envisag\u00e9e permettrait au contraire de mieux cibler les injections de liquidit\u00e9s sans contrepartie&nbsp;: plut\u00f4t que des taux nuls ou tr\u00e8s bas pour tous, entretenant des entreprises mortes-vivantes (c\u2019est-\u00e0-dire qui succomberaient \u00e0 une normalisation des conditions de financement) sans r\u00e9ellement relancer la demande, on ne subventionnerait que les projets qui doivent l\u2019\u00eatre par nature en fonction de leurs externalit\u00e9s positives (isolation thermique des b\u00e2timents, d\u00e9pollution des processus productif dans les entreprises, centrales solaires, transport ferroviaire, h\u00f4pital public, \u00e9cole et universit\u00e9, etc.) ce qui alimenterait une v\u00e9ritable demande solvable adress\u00e9e sur le march\u00e9 aux entreprises qui, elles, continuent de se financer aux taux de march\u00e9, dont on peut d\u00e9sormais envisager sereinement la normalisation. En effet, je rappelle que dans mon mod\u00e8le, l\u2019essentiel des investissements seraient toujours financ\u00e9s par \u00e9pargne, donc avec contrepartie, et non par cr\u00e9ation mon\u00e9taire&nbsp;: en finan\u00e7ant une relance sans dette par cr\u00e9ation mon\u00e9taire pure, la r\u00e9forme envisag\u00e9e permettrait donc de remettre d\u2019aplomb le march\u00e9 des fonds pr\u00eatables, de normaliser les conditions de financement et de remettre l\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019endroit, avec des entreprises qui empruntent \u00e0 int\u00e9r\u00eat pour financer des investissements qui s\u2019av\u00e8rent rentables gr\u00e2ce \u00e0 la demande qu\u2019elles rencontrent sur le march\u00e9, laquelle est en partie subventionn\u00e9e et, par ce biais, r\u00e9orient\u00e9e vers des objectifs sociaux et environnementaux.<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li><strong>Votre d\u00e9fense du 100% monnaie exog\u00e8ne<\/strong> repose sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019il permettrait de sortir du \u00ab&nbsp;double encastrement de la monnaie dans la dette&nbsp;\u00bb tenant d\u2019une part \u00e0 la mise en circulation de la monnaie par des pr\u00eats, d\u2019autre part \u00e0 l\u2019absence de couverture int\u00e9grale des DAV qui sont des cr\u00e9ances non couvertes du d\u00e9posant sur la banque. Vous dites \u00e0 juste titre que la d\u00e9flation proc\u00e8de de ces deux facteurs qui s\u2019entrem\u00ealent dans la monnaie de cr\u00e9dit : d\u2019une part le d\u00e9sendettement qui r\u00e9duit la masse mon\u00e9taire, d\u2019autre part les fuites de liquidit\u00e9 que subissent les banques lors d\u2019une crise de confiance (run). Ensuite vous indiquez que ce probl\u00e8me de run a diminu\u00e9 car le recours aux esp\u00e8ces a beaucoup diminu\u00e9 et la concentration du march\u00e9 bancaire beaucoup augment\u00e9. <em>Je pense que vous ne mobilisez pas ici les bons arguments&nbsp;:<\/em><\/li><li>le run peut aujourd\u2019hui se produire sur le march\u00e9 interbancaire et pas simplement au niveau des d\u00e9p\u00f4ts de la client\u00e8le de particuliers<\/li><li>la concentration a bel et bien augment\u00e9 mais il n\u2019est pas certain qu\u2019elle r\u00e9duise le risque de run ou ses cons\u00e9quences d\u00e9flationnistes. Au contraire, imaginons que BNPP subisse un run, les cons\u00e9quences seraient \u00e9normes bien plus qu\u2019au niveau d\u2019une petite banque.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Certes, mais comme l\u2019a point\u00e9 Ludovic Desmedt et ses coauteurs dans un papier que je cite dans la th\u00e8se, le grand morc\u00e8lement du syst\u00e8me bancaire am\u00e9ricain du XIX<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle rendait les bank run fr\u00e9quents car la moindre banque rurale faisant face \u00e0 des retraits importants sautait faute de pr\u00eateur en derniers ressorts avant la construction du Federal Reserve System. La concentration et l\u2019int\u00e9gration bancaire mutualise les fonds donc les risques, diluant le risque de bank runs, qui sont aujourd\u2019hui tr\u00e8s rares, mais il est vrai que cela d\u00e9place la question sur le march\u00e9 interbancaire (o\u00f9 la confiance a disparu en 2008) et cr\u00e9e des risques syst\u00e9miques en cas de faillite d\u2019une \u00e9norme banque.<\/span><\/em><\/li><li>Ce qui r\u00e9duit le probl\u00e8me de run des d\u00e9posants, c\u2019est l\u2019existence de la garantie des d\u00e9p\u00f4ts dont le premier dispositif fut introduit aux USA en 1933.<\/li><li>Et il me semble que l\u2019existence de la GDD rend obsol\u00e8te la proposition de Fisher au sens o\u00f9 nous n\u2019avons pas besoin d\u2019une couverture des d\u00e9p\u00f4ts par 100% de r\u00e9serves de monnaie centrale&nbsp; sur le compte des banques \u00e0 la banque centrale.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">A d\u00e9battre avec Ga\u00ebl Giraud, mais je ne crois pas du tout que la garantie des d\u00e9p\u00f4ts (du reste limit\u00e9e \u00e0 100&nbsp;000&nbsp;\u20ac&nbsp;: malheur au m\u00e9nage des classes moyennes qui vient de vendre son appartement pour 200&nbsp;000 \u20ac et conserve l\u2019argent en d\u00e9p\u00f4t le jour o\u00f9 sa banque fait faillite&nbsp;!) soit effective&nbsp;: les fonds existants sont insuffisants, de m\u00eame que toutes les r\u00e8gles prudentielles sur les fonds propres des banques qui sont ridiculement faibles, et l\u2019Etat ne pourrait, \u00e0 mon sens, sauver les d\u00e9p\u00f4ts en cas de crise syst\u00e9mique qu\u2019en recourant \u00e0 la cr\u00e9ation mon\u00e9taire massive qui aggraverait la dette publique, \u00e0 moins de se tourner enfin vers l\u2019argent libre. Pour l\u2019heure, tant que la Banque centrale joue son r\u00f4le de pr\u00eateur en dernier ressort (ce qu\u2019elle ne fait pas toujours parfaitement, comme on l\u2019a vu avec Lehman Brother ou pendant la crise grecque) aucune crise bancaire syst\u00e9mique ne peut avoir lieu, mais les tensions entre Banques centrales dans la zone euro et la virulence des d\u00e9bats sur l\u2019alourdissement du bilan de la BC et la l\u00e9galit\u00e9 de ses politiques non-conventionnelles emp\u00eachent d\u2019exclure la possibilit\u00e9 d\u2019un \u00e9clatement complet du syst\u00e8me. Et la politique du pr\u00eateur en dernier ressort g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 toutes les banques et aux Etats depuis des ann\u00e9es cr\u00e9e un risque d\u2019al\u00e9a moral bien connu (les banques too big to fail sp\u00e9culant sans risque), une zombification des entreprises, un alourdissement continu du fardeau de la dette, des taux n\u00e9gatifs\u2026 bref, une finance punk au c\u0153ur d\u2019une \u00e9conomie d\u00e9flationniste. Le 100% monnaie sanctuariserait d\u00e9finitivement les d\u00e9p\u00f4ts des particuliers, mettant fin au chantage au refinancement des banques, en plus de d\u00e9sendetter l\u2019Etat et de faire en sorte que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire se fasse d\u00e9sormais en dehors du march\u00e9 du march\u00e9 de la dette (donc sous forme d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re monnaie).<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Cela \u00e9tant dit, je reviens sur votre sch\u00e9ma inspir\u00e9 du 100% monnaie&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans votre sch\u00e9ma<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul><li>les banques ach\u00e8tent des titres de dette publique \u00e0 hauteur des d\u00e9p\u00f4ts qu\u2019elles d\u00e9tiennent.<\/li><li>La BC leur rach\u00e8te ce qui fait augmenter les r\u00e9serves \u00e0 hauteur des d\u00e9p\u00f4ts. Les nouveaux cr\u00e9dits impliquent une \u00e9pargne pr\u00e9alable, de nouveaux d\u00e9p\u00f4ts.<\/li><li>A ce stade la mise en circulation de la monnaie est toujours encastr\u00e9e dans la dette, les variations de la monnaie en circulation passant par les achats de titres de dette publique. Mais les titres de dette publique qui se retrouvent \u00e0 l\u2019actif de la banque centrale sont annul\u00e9s par elle.<\/li><li>Plus loin, vous dites&nbsp;: \u00ab&nbsp;le poids des march\u00e9s financiers serait \u00e9galement r\u00e9duit par la r\u00e9forme puisque ceux-ci se d\u00e9veloppent en partie sur la base des titres de dette souveraine dont le volume diminuera.&nbsp;\u00bb<\/li><li>Plusieurs questions&nbsp;:<ul><li>D\u2019o\u00f9 viennent les nouveaux d\u00e9p\u00f4ts&nbsp;? Si c\u2019est de l\u2019\u00e9pargne pr\u00e9alable, que se passe-t-il une fois le stock d\u2019\u00e9pargne \u00e9puis\u00e9. L\u2019investissement public aura-t-il permis suffisamment d\u2019investissement priv\u00e9, permettant lui-m\u00eame l\u2019\u00e9pargne&nbsp;?<\/li><\/ul><ul><li>Comment les besoins de financement externe pour r\u00e9aliser des projets d\u2019investissement priv\u00e9 sont-ils combl\u00e9s&nbsp;?<\/li><\/ul><ul><li>Si c\u2019est l\u2019Etat qui d\u00e9termine ou \u00e9value les besoins de l\u2019\u00e9conomie dans ce sch\u00e9ma, comment le peut-il pour tout&nbsp;? (vous \u00e9crivez plus loin que \u00ab&nbsp;le march\u00e9 du cr\u00e9dit est incapable d\u2019ajuster spontan\u00e9ment la cr\u00e9ation mon\u00e9taire aux besoins de l\u2019\u00e9conomie&nbsp;\u00bb mais l\u2019Etat l\u2019est-il davantage&nbsp;? S\u2019agit de restaurer une planification ferme laissant peu de place \u00e0 la libre expression des besoins et m\u00eame les d\u00e9terminant <em>a priori<\/em>).<\/li><\/ul><\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Il ne s\u2019agit pas de mettre en place une \u00e9conomie sovi\u00e9tique enti\u00e8rement financ\u00e9e par l\u2019Etat sous un \u00e9troit contr\u00f4le bureaucratique&nbsp;! Il n\u2019est question de rendre \u00e0 la puissance publique que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire, pas la gestion de l\u2019\u00e9pargne. Si l\u2019on augmente la masse mon\u00e9taire de 5&nbsp;% sur un an par exemple (en esp\u00e9rant prudemment 2,5% de croissance r\u00e9elle et 2,5% d\u2019inflation), et m\u00eame en l\u2019affectant enti\u00e8rement les encaisses \u00e0 l\u2019investissement (sans allocation aux m\u00e9nages pour relancer la consommation), alors, dans le cas fran\u00e7ais, on parle de 70 milliards d\u2019euros \u00e0 allouer par la puissance publique, soit seulement 12% de l\u2019investissement total \u00e0 financer dans l\u2019ann\u00e9e (la Formation Brute de Capital Fixe s\u2019\u00e9levant \u00e0 573 milliards d\u2019euros en 2019 selon l\u2019INSEE, et il s\u2019agirait bien s\u00fbr de notre point de vue de l\u2019augmenter)&nbsp;: l\u2019essentiel des investissements (500 milliards) se financerait donc par \u00e9pargne, comme aujourd\u2019hui. Mais la reprise en main par l\u2019Etat de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire lui conf\u00e8rerait un puissant outil de guidage souple de l\u2019\u00e9conomie pouvant faire effet de levier. Cette cr\u00e9ation mon\u00e9taire passerait par des ch\u00e8ques sans contreparties faits par l\u2019Institution d\u2019\u00e9mission aux Caisses de subventions aux investissements, qui elles-m\u00eames feraient des ch\u00e8ques sans contreparties aux entreprises, m\u00e9nages et administrations dont elles retiennent les projets d\u2019investissements, apr\u00e8s avoir class\u00e9 les demandes de subvention selon des crit\u00e8res ESG fix\u00e9s politiquement. Ces nouveaux d\u00e9p\u00f4ts s\u2019ajoutent \u00e0 ceux qui circulent d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019\u00e9conomie de mani\u00e8re p\u00e9renne (ils ne seront pas d\u00e9truits par le remboursement des cr\u00e9dits dans un syst\u00e8me \u00e0 couverture int\u00e9grale des d\u00e9p\u00f4ts, o\u00f9 la monnaie n\u2019est plus chrono-limit\u00e9e)&nbsp;: une partie est plac\u00e9e dans des produits d\u2019\u00e9pargnes (livrets et d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 termes divers, produits financiers\u2026) et alimentent donc une offre de financement payant aux entreprises (et autres agents d\u00e9biteurs). C\u2019est par le march\u00e9 des fonds pr\u00eatables que cette offre d\u00e9centralis\u00e9e est orient\u00e9e vers une demande exprim\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9galement d\u00e9centralis\u00e9e&nbsp;: on peut r\u00e9guler ce march\u00e9 de diff\u00e9rentes mani\u00e8res si n\u00e9cessaires (encadrement des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, pr\u00eats \u00e0 taux subventionn\u00e9s, garanties publiques, d\u00e9fiscalisation de certains produits d\u2019\u00e9pargne, structures publiques de collecte de l\u2019\u00e9pargne et de l\u2019investissement type Caisse des d\u00e9p\u00f4ts et consignation, etc.) pour r\u00e9pondre \u00e0 des objectifs de politique macro\u00e9conomique, sectorielle, sociale ou environnementale, mais ce sujet concerne l\u2019allocation de l\u2019\u00e9pargne et non la cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Rien n\u2019emp\u00eache d\u2019\u00e9tendre le financement public de l\u2019\u00e9conomie par l\u2019imp\u00f4t ou la cotisation pour augmenter ainsi le budget des Caisses de subventions aux investissements strat\u00e9giques (comme y appelle par exemple Bernard Friot), mais tel n\u2019est pas notre sujet.<\/span><\/em><ul><li>Dans ce sch\u00e9ma, l\u2019imp\u00f4t peut dispara\u00eetre. N\u2019est-ce pas un probl\u00e8me&nbsp;? Le consentement \u00e0 l\u2019imp\u00f4t est une forme de contrat social qui permet de faire soci\u00e9t\u00e9.<\/li><\/ul><\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Non, l\u2019imp\u00f4t ne dispara\u00eetrait pas&nbsp;! Il est vrai que Fisher l&#8217;\u00e9voque, mais \u00e0 titre tout \u00e0 fait hypothique, sans y croire lui-m\u00eame (juste pour montrer qu&#8217;il n&#8217;y a pas de limite \u00e0 l&#8217;\u00e9mission une fois que toute la dette publique a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e). En r\u00e9alit\u00e9, le volume de cr\u00e9ation mon\u00e9taire annuel est tr\u00e8s loin de correspondre \u00e0 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la d\u00e9pense publique&nbsp;: 70 milliards, c\u2019est \u00e0 peine un cinqui\u00e8me du budget g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Etat en 2019, sans compter celui des collectivit\u00e9 locales ni de la S\u00e9curit\u00e9 sociale&nbsp;! Et la cr\u00e9ation mon\u00e9taire n\u2019a pas \u00e0 se substituer \u00e0 l\u2019imp\u00f4t en financer le budget g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Etat dans lequel l\u2019investissement ne repr\u00e9sente que 14 milliards&nbsp;: cela rendrait l\u2019Etat structurellement d\u00e9pendant, pour ses d\u00e9penses de fonctionnement, de flux de cr\u00e9ations mon\u00e9taires qui doivent varier en fonction de la conjoncture. C\u2019est pour cela que je pr\u00e9conise deux modes d\u2019allocation des nouvelles encaisses en dehors du budget&nbsp;: soit l\u2019allocation universel, soit les subventions aux investissements distribu\u00e9s par un r\u00e9seau de Caisses ind\u00e9pendantes du budget de l\u2019Etat (le poids relatif de ces deux canaux variant en fonction des arbitrages en faveur de la relance de la consommation ou de l\u2019investissement).<\/span><\/em><ul><li>Comment le volume de titres de dette souveraine peut diminuer&nbsp;puisque ce qui va constituer les r\u00e9serves des banques \u00e0 la banque centrale ce sont les rachats par la BC de titres de dette publique achet\u00e9s par les banques ?<\/li><\/ul><\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les r\u00e9serves des banques \u00e0 la BC sont constitu\u00e9es par des d\u00e9p\u00f4ts en monnaie centrale que poss\u00e8dent les banques commerciales dans leurs comptes courants aupr\u00e8s de la BC. Cette monnaie est aujourd\u2019hui insuffisante pour couvrir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue, mais la BC en cr\u00e9erait jusqu\u2019\u00e0 ce que la base mon\u00e9taire soit strictement \u00e9gale \u00e0 la masse mon\u00e9taire, et la mettrait en circulation en achetant aux banques des titres souverains qu\u2019elle annulerait au fur et \u00e0 mesure. Ainsi, le stock de dette publique diminue, les banques ont une couverture int\u00e9grale des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue et ne peuvent plus cr\u00e9er de monnaie, et la BC a le monopole de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire&nbsp;: elle cr\u00e9e de nouveaux d\u00e9p\u00f4ts en faisant des ch\u00e8ques \u00e0 des agents, donc en cr\u00e9ant la monnaie centrale \u00e0 partir de rien et en la transf\u00e9rant sur le compte courant de leur banque aupr\u00e8s de la BC&nbsp;: ce sont les nouvelles r\u00e9serves, qui constituent, \u00e0 l\u2019actif du bilan de la banque commerciale, la contrepartie comptable du nouveau d\u00e9p\u00f4t apparu \u00e0 son passif quand le client a d\u00e9pos\u00e9 son ch\u00e8que de monnaie h\u00e9licopt\u00e8re. Le bilan de la banque commerciale est donc \u00e9quilibr\u00e9, mais pas celui de la banque centrale&nbsp;: elle a cr\u00e9\u00e9 un passif pur (la monnaie centrale) sans contrepartie comptable \u00e0 son actif. De la m\u00eame mani\u00e8re, lors de la transition vers le 100% monnaie, elle avait cr\u00e9\u00e9 des r\u00e9serves de monnaie centrale \u00e0 son passif pour les banques tout en rachetant des titres souverains \u00e0 son actif, mais elle avait ensuite annul\u00e9 ces actifs&nbsp;: il faut donc admettre qu\u2019une Banque centrale n\u2019a aucune raison d\u2019avoir un bilan \u00e9quilibr\u00e9. Si l\u2019on tient \u00e0 la fiction du bilan \u00e9quilibr\u00e9, on peut aussi faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 comptable en cr\u00e9ant un poste \u00ab&nbsp;r\u00e9serves&nbsp;\u00bb ad hoc, purement performatif, \u00e0 l\u2019actif du bilan de la BC, repr\u00e9sentant de mani\u00e8re scripturale la monnaie centrale \u00ab&nbsp;gard\u00e9e dans ses coffres&nbsp;\u00bb par la BC pour le compte de ses d\u00e9posants (les banques commerciales) bien que cet argent soit immat\u00e9riel. Mais je pense plut\u00f4t qu\u2019il faudrait cesser de consid\u00e9rer la monnaie centrale comme un passif de l\u2019institution d\u2019\u00e9mission, pour la voire plut\u00f4t comme un actif pur, la liquidit\u00e9 ultime, et non une dette \u00e0 rembourser\u2026 L\u2019institution d\u2019\u00e9mission tiendrait les comptes de M1, enregistrant \u00e0 la fois le montant total des encaisses en circulation dans l\u2019\u00e9conomie et la localisation de chaque euro dans telle ou telle banque \u00e0 chaque instant, mais sans que ce registre soit consid\u00e9r\u00e9 comme une dette de sa part aupr\u00e8s des d\u00e9posants. Cela appellerait des d\u00e9veloppements cons\u00e9quents et pol\u00e9miques, l\u2019essentiel ici \u00e9tant de se rappeler que la BC peut avoir un bilan d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, donc effacer la dette publique qu\u2019elle d\u00e9tient \u00e0 son actif ou mettre de la monnaie en circulation (donc creuser son passif) sans avoir d\u2019actif en contrepartie.<\/span><\/em><ul><li>Votre sch\u00e9ma est tr\u00e8s compliqu\u00e9 et pose question quant \u00e0 la capacit\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019ensemble des besoins de financement. Un sch\u00e9ma qui me semblerait plus r\u00e9aliste consisterait \u00e0 identifier des d\u00e9penses publiques indispensables \u00e0 la collectivit\u00e9 (gestion de crise sanitaire \u2013 pr\u00e9vention de la crise climatique \u2013 \u00e9ducation \u2013 sant\u00e9) au sein d\u2019une \u00ab&nbsp;commission&nbsp;\u00bb ou d\u2019une entit\u00e9 institutionnelle ad hoc. Ces d\u00e9penses seraient prises en charge par la banque centrale qui transf\u00e8rerait la monnaie centrale n\u00e9cessaire \u00e0 ces d\u00e9penses \u00e0 Mon\u00e9tisation<\/li><\/ul><ul><li>Parall\u00e8lement, lorsqu\u2019il faudrait acc\u00e9l\u00e9rer et amplifier la transmission de la politique mon\u00e9taire pour obtenir un effet macroconjoncturel (ramener le PIB \u00e0 son potentiel) et sortir de la d\u00e9flation, de la MH serait vers\u00e9e aux m\u00e9nages et aux entreprises.<\/li><\/ul><ul><li>Le tout en maintenant une activit\u00e9 de cr\u00e9dit au sein des banques pour r\u00e9pondre aux besoins de financement des entreprises et des m\u00e9nages Le dispositif de garantie des d\u00e9p\u00f4ts prot\u00e9geant les d\u00e9posants des banques. Qu\u2019en pensez-vous&nbsp;?<\/li><\/ul><\/li><li><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><em>J&#8217;esp\u00e8re que ces sch\u00e9mas clarifient un peu : <\/em><a href=\"https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/2021\/03\/20\/schema-dun-mode-demission-exogene-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/monnaie-sans-dette.com\/index.php\/2021\/03\/20\/schema-dun-mode-demission-exogene-2\/<\/a><\/span> <span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><em>Ce n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de ce que je propose, \u00e0 deux nuances pr\u00e8s&nbsp;:<\/em><\/span><\/li><li><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><em>La \u00ab&nbsp;commission&nbsp;\u00bb que vous \u00e9voquez est chez moi accompagn\u00e9e d\u2019un r\u00e9seau de Caisses de subventions aux investissements strat\u00e9giques, afin d\u2019assurer une distribution fine des encaisses au plus pr\u00e8s des besoins, selon des crit\u00e8res unifi\u00e9s d\u00e9finis politiquement.<\/em><\/span><\/li><li><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><em>Les banques maintiennent une activit\u00e9 de pr\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie tr\u00e8s importante, mais n\u2019ont plus de pouvoir de cr\u00e9ation mon\u00e9taire, et financent ces pr\u00eats uniquement en collectant l\u2019\u00e9pargne sous forme de d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 terme, comme le font les caisses d\u2019\u00e9pargne. Les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue seraient quant \u00e0 eux enti\u00e8rement couverts par les r\u00e9serves des banques \u00e0 la Banque centrale.<\/em><\/span><\/li><li><strong>La \u00ab&nbsp;monnaie libre de dette&nbsp;\u00bb (je pr\u00e9f\u00e8re cette expression plut\u00f4t que monnaie exog\u00e8ne pour les raisons mentionn\u00e9es plus haut) ne r\u00e8gle pas la question de l\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re<\/strong>. Et c\u2019est la raison pour laquelle ce n\u2019est pas une alternative au policy-mix politique mon\u00e9taire\/politique budg\u00e9taire\/ politique macroprudentielle.<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">C\u2019est vrai&nbsp;!<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Une question plus g\u00e9n\u00e9rale<\/strong> sur le rapport que vous \u00e9tablissez entre h\u00e9t\u00e9rodoxie et propositions de monnaie libre de dette. Ces propositions ne sont \u00e9videmment pas le fait des orthodoxes mais suscitent \u00e9galement beaucoup d\u2019oppositions chez les h\u00e9t\u00e9rodoxes. Vous analysez d\u2019ailleurs de mani\u00e8re approfondie la conception de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie chez certains h\u00e9t\u00e9rodoxes qui les conduit assez spontan\u00e9ment \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re en y voyant seulement une forme de monnaie exog\u00e8ne ou parce qu\u2019ils y voient aussi, pour certains d\u2019entre eux qui int\u00e8grent beaucoup moins les aspects mon\u00e9taires et financiers dans leur logiciel de pens\u00e9e, une forme d\u00e9voy\u00e9e de politique budg\u00e9taire. Quoi qu\u2019il en soit, il ne me semble pas juste d\u2019attribuer aux \u00ab&nbsp;h\u00e9t\u00e9rodoxes&nbsp;\u00bb la paternit\u00e9 de la monnaie libre. Je crois que la plupart des h\u00e9t\u00e9rodoxes y sont tout aussi oppos\u00e9s que les orthodoxes et qu\u2019il nous faut d\u00e9sormais distinguer au sein de notre champ disciplinaire non plus deux sph\u00e8res l\u2019une orthodoxe, l\u2019autre h\u00e9t\u00e9rodoxe, mais trois (je vous laisse le soin de baptiser cette 3<sup>\u00e8me<\/sup> sph\u00e8re).<\/p>\n\n\n\n<ul><li><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><em>M\u00e9tadoxie&nbsp;? Puisque cette troisi\u00e8me sph\u00e8re se situe<\/em> au-del\u00e0<\/span> <em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">du d\u00e9bat classique entre les courants orthodoxes et h\u00e9t\u00e9rodoxes (m\u00e9ta = au-del\u00e0, doxa = opinion&#8230; peut-\u00eatre d&#8217;ailleurs cela \u00e9voquera-t-il l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on est dans la science sociale, au-del\u00e0 de l&#8217;opinion !)<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai \u00e9galement une question sur le rapport entre dette et hi\u00e9rarchie.<\/strong> Vous commencez par dire \u00e0 la suite de Graeber que la dette est une suspension temporaire de l\u2019\u00e9galit\u00e9 mais ne rel\u00e8ve pas de la hi\u00e9rarchie. Puis au fur et \u00e0 mesure, vous analysez la dette comme un rapport social agonistique qui oscille entre \u00e9galit\u00e9 et in\u00e9galit\u00e9 entre \u00e9change r\u00e9ciproque et hi\u00e9rarchie. Je me demande si d\u2019embl\u00e9e la dette n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre analys\u00e9e comme un rapport hi\u00e9rarchique entre celui qui peut pr\u00eater (pouvoir) et celui qui doit emprunter (et qui se place d\u2019embl\u00e9e dans une relation de subordination).<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re plus prosa\u00efque, le montant et le prix d\u2019un pr\u00eat d\u00e9pendent des conditions de revenus, qui d\u00e9pendent de la condition sociale \u2026 Vous \u00e9crivez \u00e0 la suite de Graeber que \u00ab&nbsp;la dette ne saurait exister entre un esclave et son ma\u00eetre&nbsp;\u00bb mais au fond elle existe entre dominants et domin\u00e9s \u2026 Et comme la dette meurt avec son remboursement, n\u2019est-elle pas en soi un rapport du subordination, donc un rapport in\u00e9gal, donc hi\u00e9rarchique (la question est d\u2019ailleurs pos\u00e9e plus loin dans la th\u00e8se) ? Bref, la dette est-elle fondamentalement une relation entre \u00e9gaux ? Cet accord entre \u00e9gaux pour ne plus \u00eatre \u00e9gaux selon Graeber n\u2019est-il pas d\u00e8s le d\u00e9part un accord entre in\u00e9gaux, \u00e0 m\u00eame d\u2019ailleurs de renforcer l\u2019in\u00e9galit\u00e9 ? Comment vous situez-vous par rapport \u00e0 Graeber sur cette question et au-del\u00e0 de cette id\u00e9e d\u2019oscillation entre \u00e9galit\u00e9 et in\u00e9galit\u00e9, ne faut-il pas voir la dette d\u2019embl\u00e9e comme un rapport hi\u00e9rarchique, \u00e0 m\u00eame d\u2019approfondir la hi\u00e9rarchie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<ul><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">C\u2019est une vraie question. Graeber a raison de distinguer la hi\u00e9rarchie, in\u00e9galit\u00e9 permanente entre des statuts diff\u00e9rents, de la dette qui suspend provisoirement la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans l\u2019\u00e9change, et donc l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les co-\u00e9changistes, mais au risque de basculer dans la hi\u00e9rarchie si la dette ne peut \u00eatre rembours\u00e9e (th\u00e8me de la servitude pour dette), mais j\u2019ai voulu montrer qu\u2019on peut aussi analyser la dette comme un capital \u00e0 la suite de Marx, un rapport social dans lequel l\u2019argent produit de l\u2019argent, et o\u00f9 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 \u00e9tait pr\u00e9alable \u00e0 la dette et ne fait que se renforcer via les int\u00e9r\u00eats. On ne peut parler de subordination au sens strict, car ce terme caract\u00e9rise le contrat de travail en droit des contrats (c\u2019est m\u00eame l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui permet au juge de requalifier certains contrats de prestation en contrat de travail, avec tous les droits sociaux qui en r\u00e9sultent pour le travailleur et les obligations pour l\u2019employeur)&nbsp;: dans la dette, le d\u00e9biteur n\u2019est pas plac\u00e9 sous les ordres directes du d\u00e9biteur (m\u00eame si certains cas, comme celui de l\u2019Etat grec face aux memorenda de la tro\u00efka, pose question). J\u2019ai propos\u00e9 de parler de rapport de d\u00e9pendance&nbsp;: ni \u00e9galit\u00e9 v\u00e9ritable, ni subordination compl\u00e8te. J\u2019ai aussi voulu distinguer les cas&nbsp;: une in\u00e9galit\u00e9 provisoire qui se constitue dans l\u2019\u00e9change (d\u00e9lais de paiement accord\u00e9 \u00e0 un client par un fournisseur, paiement en plusieurs fois accord\u00e9 au consommateur, etc.) et se r\u00e9sorbe \u00e0 court terme ne fait que fluidifier les \u00e9changes en assouplissant la contrainte de paiement, mais c\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 pr\u00e9alable qui se renforce par la dette parce que l\u2019un dispose d\u2019un capital et l\u2019autre manque de liquidit\u00e9 et devient son d\u00e9biteur parce qu\u2019il est sous sa d\u00e9pendance. Ainsi, quand un prol\u00e9taire emprunte \u00e0 un rentier, quand un salari\u00e9 emprunte \u00e0 son patron (truck system), etc. Il y a ici des positions de classes que la dette consacre et renforce, m\u00eame si th\u00e9oriquement l\u2019in\u00e9galit\u00e9 qu\u2019elle ajoute n\u2019est que provisoire, cessant d\u00e8s lors que la dette sera rembours\u00e9e. Le cas des banques modernes rel\u00e8ve encore plus explicitement de la hi\u00e9rarchie, puisqu\u2019outre le rapport de force in\u00e9gal que cr\u00e9e l\u2019oligopole bancaire (quelques banques mettant en concurrence des millions de clients, ce sont elles qui imposent leurs conditions et non l\u2019inverse) elles ont la capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er la monnaie qu\u2019elles pr\u00eatent&nbsp;: il y a l\u00e0 une diff\u00e9rence statutaire permanente caract\u00e9ristique de la hi\u00e9rarchie.<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Question subsidiaire relative \u00e0 ce rapport entre d\u00e9biteur et cr\u00e9ancier dans le \u00ab&nbsp;contrat de dette&nbsp;\u00bb.<\/strong> Vous \u00e9crivez qu\u2019 \u00ab il arrive bien s\u00fbr que l\u2019\u00e9quilibre entre d\u00e9biteur et cr\u00e9ancier s\u2019av\u00e8re finalement impossible \u00e0 restaurer, et que les dettes soient alors annul\u00e9es pour restaurer l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2026ou transform\u00e9es en \u00ab dettes perp\u00e9tuelles \u00bb. &nbsp;Vous mettez donc sur le m\u00eame plan \u00ab&nbsp;annulation&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;dette perp\u00e9tuelle&nbsp;\u00bb. Le sont-elles v\u00e9ritablement ? je ne le pense pas. La \u00ab&nbsp;dette perp\u00e9tuelle&nbsp;\u00bb maintient le rapport de subordination m\u00eame si elle suspend le remboursement ; elle le maintient pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019alors la dette ne s\u2019\u00e9teint jamais. L\u2019annulation est, au contraire, un r\u00e9tablissement de l\u2019\u00e9quilibre, \u00e0 l\u2019initiative du cr\u00e9ancier qui abandonne sa cr\u00e9ance. Le d\u00e9faut s\u2019en distingue parce qu\u2019il est \u00e0 l\u2019initiative du d\u00e9biteur qui le d\u00e9clare et qui ce faisant peut rompre la relation de confiance dont vous soulignez le caract\u00e8re crucial.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Je suis enti\u00e8rement d\u2019accord&nbsp;: c\u2019est pourquoi je suis favorable \u00e0 l\u2019annulation de la dette publique d\u00e9tenue par la BC m\u00eame si celle-ci pourrait th\u00e9oriquement la renouveler perp\u00e9tuellement&nbsp;: le simple maintien formel de la dette porte en lui la possibilit\u00e9 que la BC cesse un jour, pour telle ou telle raison politique, conjoncturelle ou id\u00e9ologique, de se montrer accommodante (comme la BCE l\u2019a fait avec la Gr\u00e8ce), et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans les moments de crises que se d\u00e9voile toute la violence des rapports de domination (comme lorsque l\u2019employeur licencie le salari\u00e9 m\u00eame si jusque-l\u00e0 la relation \u00e9tait cordiale&nbsp;: c\u2019est l\u2019heuristique du n\u00e9gatif ch\u00e8re \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon et \u00e0 l\u2019Ecole de la R\u00e9gulation). Une dette perp\u00e9tuelle est un entre-deux&nbsp;: elle n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre renouvel\u00e9e, elle est une fois pour toute perp\u00e9tuelle, mais elle a un prix si elle est \u00e0 taux positif (les int\u00e9r\u00eats constituent alors une rente perp\u00e9tuelle) et elle est un pur oxymore si elle est \u00e0 taux nul&nbsp;: une cr\u00e9ance qui ne donne aucun droit n\u2019est qu\u2019une fiction comptable, et une dette qui ne donne aucune obligation n\u2019en est pas une. On cherche simplement par ce biais \u00e0 ne pas effrayer le public et \u00e0 maintenir symboliquement l\u2019Etat sous la tutelle fictive du cr\u00e9ancier&nbsp;(en l\u2019occurrence la BC, donc lui-m\u00eame\u2026)&nbsp;: on veut supprimer la dette tout en maintenant la domination qui l\u2019accompagne sur le plan symbolique pour \u00e9viter tout \u00ab&nbsp;d\u00e9rapage&nbsp;\u00bb des finances publiques\u2026<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Vous \u00e9voquez <strong>le cas particulier de la dette des Etats<\/strong> : les Etats font \u00ab&nbsp;rouler&nbsp;\u00bb leur dette et vous y voyez un renouvellement perp\u00e9tuel de la dette. A mon sens, ce n\u2019en est pas v\u00e9ritablement un, car il s\u2019agit en fait de rembourser une dette pass\u00e9e avec une dette nouvelle, dont rien ne garantit jamais qu\u2019elle aura exactement les m\u00eames caract\u00e9ristiques, notamment concernant son prix (le taux exig\u00e9 par le cr\u00e9ancier). Ce qui s\u2019appelle cavalerie pour la dette priv\u00e9e ou financement Ponzi ne l\u2019est-il pas finalement aussi pour les Etats (cf. note 1 p32)&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<ul><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Tout \u00e0 fait&nbsp;! Le fait que les taux soient nuls ou n\u00e9gatifs et la BC accommodante ne garantit nullement qu\u2019il en sera toujours ainsi&nbsp;!<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>A propos de la th\u00e9orie spinoziste des affects appliqu\u00e9e \u00e0 la dette&nbsp;<\/strong>: vous \u00e9crivez que \u00ab&nbsp;la dette ne peut \u00eatre pens\u00e9e que comme un affect triste&nbsp;\u00bb et que sym\u00e9triquement &nbsp;\u00ab&nbsp;le pr\u00eat d\u2019argent est un affect joyeux qui augmente la puissance d\u2019agir&nbsp;\u00bb. Or la dette est la contrepartie du pr\u00eat d\u2019argent, la dette est le pr\u00eat pour le cr\u00e9ancier, l\u2019emprunt pour le d\u00e9biteur, donc la dette porte en elle ce double affect, cette ambivalence, tout comme la monnaie \u00e0 la fois lien social (liant) et objet de d\u00e9sir et d\u2019accumulation (dissolvant du lien social). L\u00e0 aussi, on peut avoir l\u2019impression d\u2019une \u00e9volution ou d\u2019un changement de conception au fil de la th\u00e8se. Je trouve l\u2019ambivalence un peu mieux exprim\u00e9e lorsque vous \u00e9crivez&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019affect joyeux de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la liquidit\u00e9, indispensable au fonctionnement d\u2019une \u00e9conomie mon\u00e9taire de production, se trouve d\u00e8s lors encastr\u00e9 dans l\u2019affect triste du fardeau d\u2019endettement.&nbsp;\u00bb. Pourquoi ne pas insister d\u2019embl\u00e9e sur cette ambivalence plut\u00f4t que d\u2019associer uniquement la dette \u00e0 l\u2019affect triste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019accord en revanche sur le fait que la monnaie libre de dette apporterait \u00e0 son b\u00e9n\u00e9ficiaire un pouvoir d\u2019achat (affect joyeux) qui ne se paierait pas d\u2019un affect triste (c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un int\u00e9r\u00eat \u00e0 payer et d\u2019un principal \u00e0 rembourser).<\/p>\n\n\n\n<ul><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">C\u2019est une question de vocabulaire&nbsp;: la dette est l\u2019obligation de rendre (affect triste) qui nait d\u2019un pr\u00eat d\u2019argent (affect joyeux de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la liquidit\u00e9). L\u2019ambivalence serait sans doute \u00e0 mes yeux \u00e0 situer dans le terme \u00ab&nbsp;cr\u00e9dit&nbsp;\u00bb, qui peut d\u00e9signer les deux (octroyer un cr\u00e9dit = accorder un pr\u00eat&nbsp;; avoir un cr\u00e9dit sur le dos = supporter le fardeau d\u2019une dette).<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Vous <strong>passez de temps en temps de la notion de \u00ab&nbsp;monnaie&nbsp;\u00bb \u00e0 celle d\u2019\u00ab&nbsp;argent&nbsp;\u00bb<\/strong> (p68). Faites-vous une diff\u00e9rence ou pas entre les deux&nbsp;? Sont-ce deux concepts diff\u00e9rents ou pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<ul><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Non, pas pour moi. Le terme argent \u00e9voque plut\u00f4t les encaisses, comme moyens de paiement et r\u00e9serve de valeur, alors que le terme monnaie englobe aussi la notion de monnaie de compte, la dimension holistique de la monnaie, mais je n\u2019ai pas point\u00e9 des concepts diff\u00e9rents en utilisant l\u2019un ou l\u2019autre terme.<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Quelques questions \u00e0 propos de la <strong>d\u00e9flation par la dette de Fisher&nbsp;<\/strong>:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>vous semblez y voir un sch\u00e9ma d\u2019instabilit\u00e9 mon\u00e9taire plut\u00f4t qu\u2019un sch\u00e9ma d\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re et, \u00e0 l\u2019inverse dans la th\u00e9orie de Minsky, un sch\u00e9ma d\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re plut\u00f4t qu\u2019instabilit\u00e9 mon\u00e9taire. Ne s\u2019agit-il pas dans les deux cas d\u2019un double sch\u00e9ma d\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re et mon\u00e9taire&nbsp;? L\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ne faisant qu\u2019aggraver l\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re (ce que vous dites d\u2019ailleurs plus loin dans l\u2019annexe 2).<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Les deux sont intimement li\u00e9es, chez ces auteurs. Mais l\u2019originalit\u00e9 de Fisher me semblait \u00eatre d\u2019avoir aper\u00e7u derri\u00e8re la crise financi\u00e8re un m\u00e9canisme proprement mon\u00e9taire qui est pass\u00e9 au second plan dans les d\u00e9bats macro\u00e9conomiques de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, notamment chez Minsky, Tobin, etc., car les principaux m\u00e9canismes que l\u2019on retient de l\u2019analyse de ces auteurs auraient lieu aussi bien en r\u00e9gime de monnaie exog\u00e8ne. Les m\u00e9canismes d\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re sont aujourd\u2019hui largement connus des \u00e9conomistes et m\u00eame du grand public, mais l\u2019instabilit\u00e9 propre \u00e0 la monnaie endog\u00e8ne l\u2019est beaucoup moins, et j\u2019ai voulu insister dessus sans nier l\u2019instabilit\u00e9 proprement financi\u00e8re, ni le fait que les deux processus interagissent par exemple dans l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur financier ou la spirale d\u00e9sendettement-d\u00e9flation.<\/span><\/em><\/li><li>Chez Fisher ce sont les ventes en catastrophe qui alimentent la d\u00e9flation qui fait augmenter le poids r\u00e9el de la dette. Nous sommes aujourd\u2019hui dans une situation o\u00f9 la d\u00e9flation progresse sans course au d\u00e9sendettement. Apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2007-2008, la dette, celle du secteur priv\u00e9 et celle du secteur public, n\u2019a pas du tout diminu\u00e9 et a au contraire poursuivi son essor, exprim\u00e9e en % du PIB. On est toutefois actuellement dans une phase d\u00e9flationniste qui va renforcer le poids de la dette. Bref, le sch\u00e9ma fish\u00e9rien est-il transposable ou pas \u00e0 la p\u00e9riode post 2008&nbsp;?<\/li><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Chez Fisher, les ventes en catastrophes alimentent la d\u00e9flation, mais ce n\u2019est pas le seul m\u00e9canisme ni le principal&nbsp;: outre la chute des cours de bourse, il y a un credit crunch et une destruction mon\u00e9taire li\u00e9e au remboursement des dettes en r\u00e9gime de monnaie endog\u00e8ne, au tarissement du cr\u00e9dit&nbsp;par non renouvellement de l\u2019encours des pr\u00eats \u00e9chus, et par retraits d\u2019esp\u00e8ces qui oblige les banques \u00e0 r\u00e9duire encore leur volume de d\u00e9p\u00f4ts pour respecter les coefficients de r\u00e9serves fractionnaires (quand elles ne font pas tout simplement faillite par bank run). C\u2019est le c\u0153ur de son analyse, bien plus que l\u2019effondrement des cours de bourse par les vente en catastrophe. Selon Fisher, entre 1929 et 1933, l\u2019endettement nominal a diminu\u00e9 de 20 % aux Etats-Unis, mais cela provoque la destruction de sept milliards de dollars en quatre ans (la masse mon\u00e9taire passe d\u2019environ 27 milliards en 1929 \u00e0 20 milliards en 1933), et la vitesse de circulation de la monnaie diminue d\u2019un tiers car les \u00e9changes ralentissent&nbsp;: ces deux effets combin\u00e9s cr\u00e9ent une raret\u00e9 de la monnaie donc une formidable hausse de son pouvoir d\u2019achat (le dollar s\u2019appr\u00e9cie de 75 % du fait de la baisse des prix)\u2026 ce qui m\u00e8ne le poids r\u00e9el de l\u2019ensemble des dettes de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 augmenter de 40 % alors m\u00eame que le stock nominal de dettes a chut\u00e9 de 20&nbsp;%&nbsp;! Ainsi, selon Fisher, plus les d\u00e9biteurs remboursent leurs dettes, plus ils sont endett\u00e9s&nbsp;: c\u2019est la spirale d\u00e9sendettement-d\u00e9flation. Est-ce transposable \u00e0 la p\u00e9riode post 2008&nbsp;? Oui et non&nbsp;: nous n\u2019avons pas connu une baisse des prix aussi spectaculaire, ni un effondrement aussi profond et durable des cours de bourses, ni le recul du PIB et de l\u2019emploi de la crise des ann\u00e9es 1930\u2026 mais c\u2019est parce que les Banquiers centraux (en particulier Ben Bernanke, sp\u00e9cialiste de cette p\u00e9riode) ont appris de cette crise et ont d\u00e9ploy\u00e9 d\u2019extraordinaires politiques non conventionnelles pour l\u2019enrayer. Les m\u00e9canismes sous-jacents \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 s\u2019enclencher et \u00e0 nous entra\u00eener dans la spirale d\u00e9sendettement-d\u00e9flation aussi s\u00fbrement qu\u2019en 1929, puisque les institutions n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es conform\u00e9ment aux pr\u00e9conisations de Fisher (monnaie exog\u00e8ne, couverture int\u00e9grale des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue). On est rest\u00e9, ou revenu depuis les ann\u00e9es 1980, dans une monnaie endog\u00e8ne et une finance d\u00e9r\u00e8glement\u00e9e&nbsp;: seule la r\u00e9gulation conjoncturelle de la BC a pu \u00e9viter le pire, sans emp\u00eacher toutefois la Grande R\u00e9cession, et l\u2019on est toujours bloqu\u00e9 dans la m\u00eame situation car quand les BC tentent de normaliser leurs politiques mon\u00e9taires, le syst\u00e8me mon\u00e9taire, bancaire et financier menace de s\u2019effondrer\u2026 les obligeant \u00e0 poursuivre toujours plus loin l\u2019assouplissement quantitatif quitte \u00e0 alimenter de dangereuses bulles sp\u00e9culatives sans relancer l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle&nbsp;!<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Une question sur la contradiction des lib\u00e9raux<\/strong>, id\u00e9e que vous reprenez de la th\u00e8se d\u2019A Vila&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les lib\u00e9raux tiennent la monnaie pour neutre, d\u2019un autre ils la tiennent pour responsable des d\u00e9s\u00e9quilibres&nbsp;\u00bb. De quels d\u00e9s\u00e9quilibres s\u2019agit-il hormis l\u2019inflation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouve importante la rectification que vous faites \u00e0 propos de la conclusion d\u2019A Vila&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les r\u00e9formes propos\u00e9es par Fisher cherchent moins \u00e0 restaurer la neutralit\u00e9 de la monnaie que sa stabilit\u00e9&nbsp;\u00bb. La MH ferait assez m\u00e9caniquement retrouver une relation entre la variation de la quantit\u00e9 de monnaie en circulation et celle du niveau des prix des biens et services puisqu\u2019elle ferait circuler la monnaie relativement plus dans la sph\u00e8re financi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">C\u2019est essentiellement l\u2019inflation qui pose probl\u00e8me aux lib\u00e9raux, mais ils mettent tout autant la d\u00e9flation et le ch\u00f4mage de masse sur le dos de la monnaie seule dans le cas de Fisher (cf. son analyse de la spirale d\u00e9sendettement d\u00e9flation restitu\u00e9e ci-dessus). Le tort des lib\u00e9raux est je pense de faire de la monnaie l\u2019unique cause des probl\u00e8mes \u00e9conomiques l\u00e0 o\u00f9, \u00e0 l\u2019inverse, certains postkeyn\u00e9siens tendent \u00e0 d\u00e9douaner la monnaie de toute responsabilit\u00e9&nbsp;: l\u2019inflation ou la d\u00e9flation n\u2019auraient selon eux jamais de cause mon\u00e9taire (pas m\u00eame en partie), et il n\u2019y aurait jamais ni sur- ni sous-\u00e9mission (la quantit\u00e9 de monnaie en circulation \u00e9tant selon eux toujours parfaitement ajust\u00e9e aux besoins de l\u2019\u00e9conomie). La monnaie devient alors une simple variable passive n\u2019expliquant rien par elle-m\u00eame, et ne faisant que refl\u00e9ter les al\u00e9as de la demande. J\u2019ai tent\u00e9 de croiser (en mobilisant les concepts de l\u2019Ecole de la R\u00e9gulation) les analyses de Fisher et celles de Keynes pour montrer comment des probl\u00e8mes de demande globale, de confiance, d\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re, etc., interagissent avec des probl\u00e8mes proprement mon\u00e9taires. L\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la monnaie, loin d\u2019\u00eatre un gage de stabilit\u00e9, est \u00e0 mes yeux un facteur suppl\u00e9mentaire et non-n\u00e9cessaire d\u2019instabilit\u00e9, qu\u2019il convient de d\u00e9passer par une monnaie exog\u00e8ne, non pas pour pr\u00e9tendre \u00e9liminer ainsi tout d\u00e9sordre comme l\u2019imaginait Fisher, mais pour mieux r\u00e9guler la demande globale par des politiques mon\u00e9taires et budg\u00e9taires expansionnistes d\u2019inspiration keyn\u00e9siennes enfin lib\u00e9r\u00e9es de la dette et des canaux de transmission si imparfaits du march\u00e9 du cr\u00e9dit.<\/span><\/em><\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la version \u00e9crite de l&#8217;intervention et des questions pos\u00e9es par J\u00e9zabel Couppey-Soubeyran pendant la soutenance, publi\u00e9e avec son aimable autorisation. 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